Projet Pegasus : il faut toucher le président hongrois Viktor Orban "au portefeuille", demande l'eurodéputée Valérie Hayer

La Hongrie fait partie des pays qui ont utilisé le logiciel de l'entreprise NSO pour espionner des membres de la société civile, selon les révélations lundi du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories, dont fait partie la cellule investigation de Radio France.

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Radio France
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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban arrive au second jour du sommet européen à Bruxelles, le 25 juin 2021. (ARIS OIKONOMOU / POOL / AFP POOL)

Valérie Hayer, eurodéputée du groupe Renaissance, a appelé lundi 19 juillet sur franceinfo à sanctionner la Hongrie, après les révélations du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories, dont la cellule investigation de Radio France fait partie, sur le "projet Pegasus". Cette vaste enquête révèle que la Hongrie, pourtant membre de l’Union européenne, a sélectionné comme cibles des membres de la société civile pour une possible attaque d’un logiciel espion. Ce logiciel, nommé "Pegasus", est proposé par la firme israélienne NSO et initialement destiné à aider des agences gouvernementales à lutter contre le terrorisme et le crime.

"Nous demandons que le plan de relance hongrois ne soit pas validé tant que la Hongrie ne réunit pas certaines conditions", martèle l'élue au Parlement européen. La Hongrie a par aillers été au coeur d'une controverse fin juin, avec le vote d'une loi qui interdit notamment "la promotion" de l'homosexualité.

franceinfo : Êtes-vous étonnée de l'implication de Viktor Orban dans ce système d’espionnage ?

Valérie Hayer : Nous constatons qu'il y a de plus en plus d'attaques manifestes de l'Etat de droit en Hongrie. L'indépendance de la presse est remise en cause, la justice n'est pas indépendante et on a des phénomènes de corruption qui sont "endémiques", "systémiques", selon les mots de la Commission européenne. Nous avons donc un vrai problème de respect de l'Etat de droit en Hongrie, sous le régime Orban. L'Europe est restée longtemps observatrice, sans rien faire. Mais depuis quelques mois, on a des moyens d'action. L'année dernière, le Parlement européen a négocié durement un mécanisme qui vise à conditionner le versement des fonds européens au respect de l'Etat de droit. La semaine dernière, la Commission européenne a lancé une procédure d'infraction contre la Hongrie pour lui demander de retirer sa loi homophobe. Nous avons aussi le plan de relance qui arrive et doit être examiné par la Commission en ce moment. Au total, 7 milliards d'euros doivent être distribués aux Hongrois, qui ont droit à cet argent. Néanmoins, mon groupe politique estime qu'on doit être sûr que cet argent aille dans les mains des Hongrois et pas dans les poches d'Orban et de ses affidés. On demande donc un ensemble de garanties à la Commission européenne pour s'assurer que cet argent soit utilisé pour la relance et valider ce plan.

Dans le dossier Pégasus, des dirigeants comme Orban savent que c’est répréhensible mais le font quand même. Comment faire pour que ces attitudes changent ?

Il faut mettre les menaces à exécution. Le fait que la Commission européenne engage une procédure d'infraction, c'est inédit. Le fait qu'on ait un mécanisme de protection de l'Etat de droit qui a été négocié et qui est mis en œuvre depuis le 1er janvier 2021, c'est inédit et il faut l'appliquer. Là encore, le fait que la Commission européenne ait suspendu l'examen du plan de relance, c'est un signal très fort. Orban et la Hongrie ont besoin de cet argent. Nous demandons donc que le plan de relance hongrois ne soit pas validé tant que la Hongrie ne réunit pas trois conditions : premièrement, qu'on connaisse les noms des bénéficiaires des fonds de la relance ; deuxièmement, qu'Orban adopte des lois pour garantir que ceux qui ont été impliqués dans des affaires de corruption ne bénéficient pas de la relance ; troisièmement, en lien avec l'affaire Pégasus, qu'Orban abroge les lois qui existent aujourd'hui et qui empêchent la société civile et les journalistes d'investigation d'avoir accès à l'information publique. Il faut être ferme. Il ne faut pas simplement brandir des menaces, il faut les mettre à exécution. Le Parlement européen est extrêmement vigilant.

Est-ce qu’il est envisageable d’exclure la Hongrie de l’Union européenne ?

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'il faut demander à la Hongrie de sortir de l'Union européenne, parce qu'on ne peut pas abandonner le combat. La question du respect des valeurs fondamentales de l'Union européenne ne se pose pas : elles sont au fondement de la construction européenne et ça n'est pas tolérable qu'on ait des pratiques de ce genre, aujourd'hui dans l'Union européenne. On a des outils sur la table, la procédure d'infraction lancée par la Commission, le mécanisme de protection de l'Etat de droit qu’on n’a toujours pas commencé à appliquer et la question du plan. Je veux d'abord qu'on explore toutes les options et ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut vraiment qu'on mette en œuvre nos menaces. Je pense que vraiment, toucher au portefeuille, ça doit parler à Orban et à ses proches.

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