Enquête Le projet Pegasus expliqué en cinq questions

Le consortium de journalistes Forbidden Stories, dont la cellule investigation de Radio France fait partie, dévoile une nouvelle affaire de cyberespionnage. On vous explique en cinq questions ce qui se cache derrière le projet Pegasus.

Article rédigé par
Cellule investigation de Radio France - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le logiciel espion a été créé par le groupe israélien NSO "Pegasus", basé à Herzliya, près de Tel Aviv. (JACK GUEZ / AFP)

Un logiciel espion, utilisé par des États pour se renseigner sur des personnalités publiques dont des journalistes français, qui mène à une affaire de cyberespionnage mondiale, via Israël, le Maroc et la France, et révélée par le consortium de journalistes Forbidden Stories, dont la cellule investigation de Radio France fait partie. Explications des mots clés du projet Pegasus, qui met au jour l'un des plus grands systèmes de surveillance de données jamais révélé.

Qu’est-ce que NSO ?

NSO est une société israélienne créée en 2010 qui fabrique et commercialise des équipements de pointe destinés à lutter contre le terrorisme et le crime organisé : du matériel informatique et des drones notamment. Sa devise est "nous travaillons pour sauver des vies et de faire de ce monde un monde meilleur et plus sûr". Elle ne vend son matériel qu’aux États ou aux agences gouvernementales, sous licence du gouvernement israélien.  

Qu’est-ce que Pegasus ? 

Pegasus est un logiciel espion commercialisé par NSO. Il permet aux services de renseignement d’infiltrer un smartphone sans laisser une trace visible. Il en devient alors l’administrateur. Il a accès à tous les contacts, les photos, les messages. Il peut lire ce qui est écrit sur les messageries chiffrées de type WhatsApp ou Signal. Il peut géolocaliser le propriétaire de l’appareil et activer micros et caméras, transformant le téléphone portable en véritable mouchard. 

Qu’est-ce que Forbidden Stories ?

Forbidden Stories est une association créée en 2015 par Laurent Richard afin de poursuivre les enquêtes de journalistes qui ont été emprisonnés ou assassinés. Son concept consiste à dire "ils ont tué  le messager, ils ne tueront pas le message". Ces dernières années, Forbidden Stories a produit plusieurs enquêtes internationales : le projet Daphnée, après l’assassinat de la journaliste Daphnée Caruana Galicia à Malte, le projet Green Blood sur les dérives de l’extraction minière, et le projet Cartel consacré aux assassinats de journalistes sur fond de cartels de la drogue et de corruption au Mexique.

Qu’est-ce que le projet Pegasus ?

Forbidden Stories a eu accès à une liste d’environ 50 000 numéros de téléphone entrés dans le système Pegasus par douze clients de NSO depuis 2016. Il a constitué un consortium de seize médias, parmi lesquels : le Washington Post, le Guardian, le Süddeutsche Zeitung, Le Monde, et la cellule investigation de Radio France. Pendant plusieurs mois, près de 80 journalistes ont identifié ces numéros, pays par pays. Certaines propriétaires des portables concernés ont accepté de confier leurs téléphones. Grâce au support technique du Security Lab d’Amnesty International, il a alors été possible de démontrer qu’une majorité des appareils testés présentaient des signes d’infection de Pegasus. 

Que révèle le projet Pegasus ?

Contrairement à ce qu’affirme NSO, ce logiciel a dans sa ligne de mire des membres de la société civile : des journalistes, des avocats, des médecins, des sportifs, des activistes. Mais aussi des diplomates et des hommes politiques, y compris 13 chefs d’État dans une cinquantaine de pays. Parmi les utilisateurs de Pegasus figurent notamment le Mexique, l’Arabie Saoudite, Les Émirats Arabes Unis, l’Inde, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Rwanda, le Togo, mais aussi la Hongrie, un membre de l’Union européenne. Près de 1 000 numéros de téléphones français ont été sélectionnés comme possibles cibles dans le système qui gère Pegasus au Maroc.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Cyberattaques

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.