Une centaine d'érudits musulmans dénoncent l'Etat islamique dans une lettre ouverte

Les 126 signataires, tous sunnites, accusent l'Etat islamique d'avoir fait à tort de l'islam "une religion de dureté, de brutalité, de torture et de meurtre".

Le directeur du Conseil des relations américano-islamiques, Nihad Awad, est l\'un des signataires de la lettre.
Le directeur du Conseil des relations américano-islamiques, Nihad Awad, est l'un des signataires de la lettre. (JEWEL SAMAD / AFP)

Ils condamnent les tortures, meurtres et destructions commis par l'Etat islamique dans les zones qu'il contrôle. Plus de 120 érudits musulmans du monde entier, pour beaucoup faisant autorité dans leur pays, publient une lettre ouverte de 22 pages qui dénonce les jihadistes de l'Etat islamique (EI) et réfute leurs arguments religieux.

Nihad Awad, du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), qui a présenté cette lettre à Washington mercredi 24 septembre, a dit espérer qu'elle soit lue par les combattants. "Leur théologie est tordue", dit-il dans une vidéo d'explication"Ils se sont basés, à de nombreuses reprises, pour mobiliser et recruter des jeunes, sur des textes religieux classiques qu'ils ont mal interprétés et mal compris."

Qui sont les auteurs de cette lettre ?

La lettre est adressée au calife autoproclamé de l'Etat islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi, et "aux combattants et partisans de 'l'Etat islamique auto-proclamé'", mais aussi aux recrues potentielles, aux imams et à ceux qui voudraient dissuader les jeunes musulmans de rejoindre l'EI.

Les 126 signataires sont tous masculins et sunnites. Ils sont originaires de nombreux pays musulmans, comme l'Indonésie ou le Maroc, mais aussi de pays où vivent des musulmans comme la France, la Belgique, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Si des chiites et des femmes avaient été signataires, cela aurait pu discréditer l'autorité de ce texte aux yeux des islamistes fondamentalistes auxquels il s'adresse.

Parmi les signataires figurent l'actuel et l'ancien grand mufti d'Egypte, Chaouki Allam et Ali Gomaa, le sultan nigérian de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar, et le chef de la grande organisation indonésienne Muhammadiyah, Din Syamsuddin.

Huit éminences de l'université Al-Azhar du Caire, la plus haute autorité de l'enseignement sunnite, ont également signé la lettre.

Quels arguments avancent-ils contre l'Etat islamique ?

Cette longue lettre, rédigée en arabe, comporte de nombreuses citations tirées du Coran et d'autres sources de l'islam. "Vous avez fait à tort de l'islam une religion de dureté, brutalité, torture et meurtre, écrivent ces personnalités. C'est une grosse erreur et une offense à l'islam, aux musulmans et au monde entier."

Les signataires utilisent des arguments théologiques pour réfuter les déclarations faites par Abou Bakr Al-Baghdadi et son porte-parole, Abou Mohamed Al-Adnani, pour justifier leurs actes et attirer de nouvelles recrues.

Les signataires ne se contentent pas de condamner l'assassinat des journalistes américains James Foley et Steven Sotloff et de l'humanitaire britannique David Haines, ils rejettent aussi ces actes en invoquant la tradition musulmane de protection de ceux qui servent d'émissaires entre groupes.

La lettre qualifie de "crimes de guerre atroce" plusieurs cas de meurtres de prisonniers de l'EI, 2 850 au total. Pour étayer ce point, la lettre rappelle plusieurs citations du prophète Mahomet interdisant cette pratique.

Elle souligne aussi que les Arabes de religion chrétienne et les Yazidis, adeptes d'un culte ancien dérivé du zoroastrisme, sont deux "peuples du Livre" qui doivent être protégés selon la loi musulmane, la charia. Ces deux communautés ont été poussées à la fuite quand l'EI a envahi le nord de l'Irak.

"Reconsidérez vos actions, renoncez-y, repentez-vous-en, cessez de faire du mal aux autres et retournez à la religion de la miséricorde", conclut la lettre.