Jihadistes français : "Jugeons-les, affrontons les peurs", déclare la mère d'un jihadiste mort en Syrie

Les enfants de jihadistes français doivent être rapatriés, "il ne doit pas y avoir de débat", selon Véronique Roy, cofondatrice du collectif Familles unies et invitée de franceinfo.

Véronique Roy, en février 2017.
Véronique Roy, en février 2017. (LP/ JEAN NICHOLAS GUILLO / MAXPPP)

"Les enfants qui ont connu les guerres" peuvent être réparés, a affirmé vendredi 1er mars sur franceinfo Véronique Roy. La cofondatrice et membre du collectif Familles unies, mère d'un enfant jihadiste mort en Syrie, a expliqué "qu'il ne fallait pas en avoir peur". Un sondage Odoxa pour franceinfo et Le Figaro, publié jeudi 28 février, montre que l’opinion française est majoritairement favorable à ce que les jihadistes français restent en Irak et en Syrie, y compris leurs enfants.

Une plainte a été déposée à l’ONU par trois avocats défendant des familles de jihadistes français pour exiger le retour des enfants retenus en Syrie. Véronique Roy, dont le fils Quentin est parti en Syrie en 2014 avant d'être tué en janvier 2016, appelle au retour des jihadistes français et de leurs enfants : "Jugeons-les. Affrontons les peurs", dit-elle.

franceinfo : Doit-on rapatrier les enfants de Syrie ?

Véronique Roy : Pour les enfants, il ne doit pas y avoir de débat. Ce sont des enfants innocents qui n'ont pas demandé à être là-bas. Ils n'ont pas demandé à naître, à partir. Les enfants qui ont connu les guerres, les traumas [traumatismes], bien sûr que cela se répare. Il ne faut pas en avoir peur. En tant que parent qui a perdu un enfant il y a trois ans, j'ai besoin de comprendre. Ces enfants n'ont rien à voir avec ça. Ils seront notre avenir. Qu'est-ce qu'on leur dira dans 10 ans, 15 ans, 20 ans si on ne les fait pas rentrer ? On recule le problème. On ne veut pas l'affronter.

Selon vous, la France n'a pas d'autre choix que de rapatrier ces enfants ?

La France a une responsabilité parce que cette idéologie dont on nous parle depuis 25 ans, 30 ans, n'a pas été prise au sérieux. On veut faire croire que ces jeunes qui sont partis - ils sont près de 2 000 en France, le plus gros contingent européen - seraient responsables de tout. Bien évidemment qu'ils sont responsables d'être partis, et pour certains d'avoir commis des exactions qu'il faudra prouver, mais les enfants n'ont rien à voir avec ça.

Que doit-on faire des combattants jihadistes français ?

Jugeons-les. Affrontons les peurs, y compris les gens qui ont souffert du terrorisme en France, mais ce n'est parce qu'on parle de la souffrance des parents qu'on annule la peine de ceux qui ont perdu les leurs dans les attentats. C'est le prisme de la peur qui fait dire des choses qui ne sont pas forcément la réalité. Ces parents, qui ont vu leurs enfants partir, des petits-enfants naître là-bas ou partir d'ici, ne baignent pas dans l'idéologie. Que les choses soient claires.