Français condamnés à mort en Irak : l'avocat de Léonard Lopez a demandé à ses confrères irakiens de faire appel

"On compte faire appel pour contester la condamnation mais surtout pour suspendre son exécution", a précisé lundi Me Nabil Boudi.

Une patrouille de police à Bagdad, en Irak, le 29 juin 2018.
Une patrouille de police à Bagdad, en Irak, le 29 juin 2018. (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

L'avocat de Léonard Lopez, l'un des quatre français condamnés à mort en Irak pour leur appartenance au groupe Etat islamique, affirme lundi 27 mai sur franceinfo qu'il avait demandé à ses confrères irakiens de faire appel de la décision, pour faire suspendre l'exécution. Avocat au barreau de Paris, Me Nabil Boudi dénonce le double discours des autorités françaises, à qui il demande d'intervenir d'urgence pour suspendre la peine. L'avocat estime que parler de procès équitable pour son client relève "d'une farce, d'une vaste plaisanterie".

franceinfo : Quelle est votre réaction à cette condamnation à mort de votre client ?

Me Nabil Boudi : La consigne d'interjeter appel a été donnée à nos confrères irakiens. On attend quand même la fin du procès parce que d'autres ressortissants français vont être jugés. On compte faire appel, d'une part pour contester la condamnation mais surtout pour suspendre son exécution.

Votre client a-t-il eu droit à un procès équitable ?

C'est toute la difficulté dans ce dossier. Avant même de parler de la peine, vous faites bien de parler de cette notion de procès équitable. Elle nous avait été promise par les autorités françaises au moment du transfert [des prévenus en Irak], en disant qu'un certain nombre de droits allaient être garantis à ces ressortissants. Et puis on vient d'assister à ce que j'appelle moi un fiasco judiciaire, parce que l'enquête a duré trois mois. En matière criminelle, c'est quelque chose qui relève de l'exceptionnel. Et en ce qui concerne les peines encourues, en matière de terrorisme en Irak, seules deux peines sont possibles : soit la perpétuité, soit la peine capitale, la peine de mort. Donc compte tenu de la gravité des peines encourues pour des ressortissants français, un minimum de sérieux de l'enquête aurait dû être respecté. Et la notion de procès équitable est une farce, une vaste plaisanterie.

Avez-vous pu assister au procès ?

On n'a pas pu assister au procès, parce qu'à notre grande surprise, aucun calendrier ne nous a été communiqué, alors qu'on avait pris attache avec le service consulaire et l'ambassade française en Irak. Nous nous sommes présentés comme étant l'avocat des ressortissants, nous avions fait la liaison avec nos confrères irakiens, qui eux-mêmes ont été alertés à la dernière minute, donc nous n'avons pas pu nous présenter au procès.

Qu'attendez-vous de la part des autorités françaises ?

Avant de dire un mot sur nos attentes, il faudrait quand même rappeler que la France a tenu un double discours dans cette affaire. Quand les ressortissants se sont rendus auprès des autorités kurdes dans le nord-est syrien, au moment du transfert vers l'Irak, la France savait pertinemment qu'ils allaient être condamnés à la peine de mort, parce que des ressortissants belges avaient déjà connu le même sort. Alors quand j'entends ce matin le service diplomatique de l'Etat français nous dire "la France s'oppose à la peine de mort", j'ai envie de lui dire qu'il y a un double discours.

Que comprenez-vous d'ailleurs dans ce que dit la France, cela veut-il dire que la France s'opposera à l'exécution de la peine ?

On ne comprend pas grand-chose, je me pose la même question. Qu'est-ce que ça peut signifier quand on dit que la France respecte la souveraineté de l'Etat irakien d'une part, et d'autre part elle s'oppose à la peine de mort. Si elle s'oppose à la peine de mort, elle n'aurait jamais dû les envoyer dans ce pays-là.

Que demandez-vous aux autorités françaises ?

C'est d'intervenir en urgence, par la voie diplomatique, la voie judiciaire. De demander la suspension de cette exécution. Qu'un juge d'instruction français se déplace vers l'Etat irakien. Qu'il puisse rencontrer les détenus, et qu'on puisse mettre en place un nouveau procès en France.