Mort d'Abou Bakr al-Baghdadi : "L'idéologie de Daech, elle, se maintient", estime Frédéric Encel

Frédéric Encel, docteur en géopolitique, maître de conférences à Science Po Paris, spécialiste du Moyen Orient, estime dimanche sur franceinfo que la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi ne signifie pas la fin du groupe État islamique.

Frédéric Encel, à Nice, le 3 novembre 2014.
Frédéric Encel, à Nice, le 3 novembre 2014. (JEAN-FRAN?OIS OTTONELLO / MAXPPP)

"L'idéologie de Daech, elle, se maintient", estime dimanche 27 octobre sur franceinfo Frédéric Encel, docteur en géopolitique, maître de conférences à Science Po Paris, spécialiste du Moyen Orient. Il estime que la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi ne signifie pas la fin du groupe Etat islamique, mais que "cela fera sans doute réfléchir un certain nombre de jeunes gens qui seraient tentés par le jihad à travers la planète".

franceinfo : Est-ce que l'information de la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi est aussi énorme que l'affirme Donald Trump ?

Frédéric Encel : C'est surtout énorme pour Donald Trump lui-même. On est au début d'une campagne électorale fondamentale pour Trump et après les critiques très dures auxquelles il a dû faire face, de la part de son propre camp, lorsqu'il a littéralement abandonné les Kurdes. Pour lui, c'est très fort. Il peut dire : "Regardez, sans dépenser un seul homme et en économisant de l'argent,  j'arrive à neutraliser parmi le pire des terroristes." L'histoire retiendra que c'est sous sa présidence que cela s'est fait, comme histoire retient que c'est sous Obama que Ben Laden a été tué.  

Donald Trump a remercié plusieurs pays, mais aussi les Kurdes syriens alors qu'il les a quasiment abandonnés, que faut-il en penser ?

C'est un biscuit que l'on donne aux Kurdes. On les abandonnés sur le terrain, néanmoins on les remercie, cela ne coûte strictement rien au président américain de le dire. Il est magnanime, il fait en sorte de montrer au monde entier qu'il est reconnaissant envers les Kurdes qu'il est en train d'abandonner.

Peut-on dire que c'est la fin de Daech ?

Non, en tout cas cela n'est pas lié à la mort d'Al-Baghdadi. Il était le porte-parole de Daech. On ne sait strictement rien du chef de Daech. Il y a toujours à Idleb un fief islamique très important, où une nébuleuse s'est retranchée. L'idéologie, elle, se maintient. Regardez à quel point en Afrique subsaharienne les anciens combattants de Daech essaient de retrouver un territoire souverain...

Il ne faut donc pas croire Donald Trump quand il affirme que "le monde peut être rassuré" ?

Je pense qu'il faut être extrêmement vigilant vis-à-vis de l'islamisme radical qui, comme tous les fanatismes religieux ou politiques à travers le monde et les temps, mue. En revanche, je pense qu'il y a une pédagogie de la défaite. Aujourd'hui, le fait que le porte-parole de Daech ait été abattu, de cette manière, par les Américains, fera sans doute réfléchir un certain nombre de jeunes gens qui seraient tentés par le jihad à travers la planète.