Mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi : "C'est une petite respiration pour Donald Trump, notamment auprès des républicains"

L'annonce de la mort du chef du groupe État islamique est une bonne nouvelle pour le président américain, selon le spécialiste Benjamin Haddad.

Donald Trump avant son allocution à la Maison blanche, le 27 octobre 2019.
Donald Trump avant son allocution à la Maison blanche, le 27 octobre 2019. (JIM WATSON / AFP)

"C'est une petite respiration pour Donald Trump, notamment auprès des Républicains", affirme lundi 28 octobre sur franceinfo Benjamin Haddad, directeur Europe du think tank Atlantic Council, auteur de Le paradis perdu, l’Amérique de Trump et la fin des illusions européennes (éd. Grasset).

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Donald Trump a annoncé dimanche la mort de l'homme le plus recherché au monde, Abou Bakr al-Baghdadi. Le chef du groupe État islamique a été la cible d'une opération militaire américaine dans le nord-ouest de la Syrie, au cours de laquelle il s'est fait sauter avec une ceinture d'explosifs.

franceinfo : Cette mort est-elle une aubaine pour Donald Trump, qu'on sait en difficulté dans son pays ?

Benjamin Haddad : Il est en difficulté, à la fois à cause de l'affaire de l'impeachment, lancée à la suite de la pression qu'il a mise sur le président ukrainien pour essayer de trouver des informations sur son adversaire politique Joe Biden, mais aussi à cause du retrait de Syrie, qui a provoqué des critiques, y compris de sénateurs républicains, qui étaient jusque-là fidèles, dont le patron des républicains au Sénat.

Cette annonce est une bonne nouvelle pour Donald Trump, c'est un succès des forces spéciales et des forces de sécurité américaines. C'était une priorité des États-Unis avant Donald Trump, la coalition mise en place pour détruire Daech avait d'abord été mise en place par Barack Obama. C'est une petite respiration pour Donald Trump, notamment auprès des républicains, qui avaient commencé à le critiquer, à émettre des doutes sur sa politique étrangère. Le pays est toujours extrêmement clivé autour de lignes partisanes entre les démocrates et les républicains. Donald Trump a une base fidèle chez les électeurs républicains, 90% d'entre eux continuent à le soutenir, mais ça ne représente que 40% de la population.

Est-ce que c'est un sujet qui concerne les électeurs américains ? Est-ce une bonne nouvelle pour Donald Trump, en vue de l'élection présidentielle de 2020 ?

C'est une bonne nouvelle pour Donald Trump, ça lui donne un élément de bilan positif. On voit déjà les partisans qui commencent à faire campagne dessus, son porte-parole en parle. On les voit attaquer les démocrates en disant "l'impeachment est une distraction, vous feriez mieux de vous concentrer sur les adversaires des États-Unis". Mais la vérité, c'est que les lignes de fracture sont déjà claires depuis un moment. Donald Trump a assisté à un match de baseball ce soir à Washington, il a été hué par tout le public, dans cette ville qui a voté en grande majorité pour Hillary Clinton. Même dans cette journée si importante, les réflexes partisans continuent à être centraux.

Donald Trump a remercié la Russie, la Syrie, la Turquie, l'Irak, les Kurdes. Concernant l'Europe, il a parlé d'une immense déception à propos de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne, qui refusent de rapatrier les jihadistes capturés en Syrie. Quel est le message ? Que l'Amérique a gagné sa bataille, et que c'est aux autres de faire pareil désormais ?

Cela a été frappant dans son discours : il nomme tous les Américains tués, décapités par Daech, mais ne parle même pas des attentats en Europe. Le message est clair : l'Amérique se retire du Moyen-Orient. Elle peut continuer à lutter contre le terrorisme, à défendre une définition très étroite de ses intérêts et de sa sécurité, en se reposant sur la Turquie, la Russie, les partenaires régionaux, et avec des opérations de ce type. Quant au reste, c'est aux Européens de s'occuper de leurs propres intérêts. On voit ici le nationalisme et l'unilatéralisme qui ont été au cœur de la politique étrangère de Donald Trump, et qui représentent une urgence pour les Européens, de se prendre en charge dans cette région.