Frappes américaines en Syrie : "Un message de force" envoyé par l'administration Biden à Téhéran, selon Frédéric Encel

Les États-Unis ont bombardé des positions iraniennes en Syrie jeudi. C'est la première opération militaire du mandat de Joe Biden. 

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Radio France
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Joe Biden, le président américain, le 25 février 2021 (SAUL LOEB / AFP)

"C’est un message de force", a expliqué vendredi 26 février sur franceinfo Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences Po Paris, à propos de la première opération militaire menée par l’administration du président américain Joe Biden contre des milices pro-iraniennes dans l’est de la Syrie. Une opération menée en réponse aux récentes attaques contre la présence américaine en Irak.

franceinfo : C'est donc la première opération militaire de l'administration Biden. Ce choix est-il symbolique ?

Frédéric Encel : Oui. Non seulement il est symbolique, mais très emblématique à la fois de quelqu'un qui s’inscrit à la droite du parti démocrate. C’est une famille politique qui est, en général, assez interventionniste et qui déteste l'accusation d’une partie des républicains de mollesse. Tout au long du XXe siècle, au fond, les présidents américains démocrates ont été majoritairement plus interventionnistes que les présidents républicains. Par ailleurs, Biden a toujours dit qu'il allait revenir dans l'accord nucléaire de Vienne de 2015 avec l'Iran, mais certainement pas permettre à l'Iran de déployer des forces trop conséquentes dans la région.

Quel est le message envoyé à Téhéran ?

C’est un message de force, c’est-à-dire : "Nous avons la ferme détermination de revenir dans l'accord nucléaire en dépit de ce que pensent nos alliés israéliens, émiratis et saoudiens. D’ailleurs regardez, nous faisons des efforts et nous levons déjà un certain nombre de sanctions. Mais ne croyez pas que sur le plan balistique et sur le plan du déploiement de vos forces dans toute la région, nous allons faiblir." C'est un message de force qui, contrairement à ce qu'on dit souvent, devrait vraisemblablement permettre un déblocage. Parce qu’en Iran, on comprend aussi le langage de la force.

Quelle peut être la réponse à venir de Téhéran ?

Personnellement, je pense que les Iraniens ne vont pas réagir militairement parce qu’ils savent que le rapport de force n’est absolument pas en leur faveur. Effectivement, ils ont multiplié les entorses à un accord, mais en même temps, c'est Donald Trump qui, en mai 2018, est sorti unilatéralement de cet accord. Donc, jusque là, ils avaient beau jeu de dire : "Attendez, ce n'est pas respecté, donc nous ne le respectons pas non plus." Avec Biden qui s'est engagé et qui a déjà fait des gestes en faveur de cet accord aux côtés de Moscou, Pékin et des Européens, on a affaire à une véritable volonté que ne peuvent pas ne pas saisir les Iraniens.

Il est donc possible de sauver cet accord de Vienne sur le nucléaire iranien ?

Je pense que cet accord de Vienne va être "réenclenché", même si on n’en est jamais totalement sorti. Par ailleurs je crois que les Iraniens vont tenter, comme ils l'avaient fait en 2015, de négocier quelque chose qu'ils n'ont pas encore et qu'ils n'auraient sans doute jamais, au regard des menaces israéliennes, qui pourrait ressembler à une centaine de milliards de dollars. Cette somme correspond à l'essentiel de ce que leur ont coûté les sanctions internationales depuis leur enclenchement officiel, c’est-à-dire le 1er janvier 2007.

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