Nucléaire iranien : ce qu'il faut savoir sur l'accord rejeté par Donald Trump

Donald Trump a annoncé, mardi 8 mai, sa volonté de quitter l'accord sur le nucléaire iranien. Mais que contient ce texte ?

Donald Trump montre un document qui rétablit les sanctions contre l\'Iran, après avoir annoncé le retrait des Etats-Unis de l\'accord sur le nucléaire iranien, le 8 mai 2018, à Washington.
Donald Trump montre un document qui rétablit les sanctions contre l'Iran, après avoir annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, le 8 mai 2018, à Washington. (MARTIN H. SIMON / CONSOLIDATED NEWS PHOTOS)

La décision du président américain était attendue. Et la visite d'Emmanuel Macron à la Maison Blanche, fin avril, n'a pas permis de convaincre Donald Trump de maintenir l'accord conclu en 2015 entre Téhéran et la communauté internationale à propos du nucléaire iranien. Au lendemain de l'annonce du président américain de quitter l'accord, intervenue mardi 8 mai, la tension déjà vive entre Israël et l'Iran est montée d'un cran. Franceinfo vous explique en quoi consistait le texte, et ce que lui reproche Donald Trump.

Que contient l'accord de 2015 avec l'Iran ?

Le 14 juillet 2015, après vingt-et-un mois de négociations, un terrain d'entente est trouvé à Vienne (Autriche). Historique. L'Iran et six grandes puissances mondiales – les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Russie et la Chine – signent ainsi un accord pour encadrer le programme nucléaire iranien. Le sujet était une source de tensions depuis 2002 et des images satellite révélant l'existence de sites nucléaires secrets en Iran, faisant craindre que le pays se dote de l'arme atomique.

Dans ce texte, l'Iran s'engage alors à abaisser pendant plusieurs années ses capacités nucléaires, en réduisant notamment le nombre de ses centrifugeuses en activité capables d'enrichir de l'uranium. Une façon de rendre quasi impossible la fabrication d'une bombe atomique par Téhéran, tout en l'autorisant à mettre en place une filière de nucléaire civil.

L'accord autorise aussi le contrôle régulier des sites nucléaires iraniens par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Des points qui ont tous été respectés jusqu'ici. En échange, les autres signataires s'engageaient à lever une partie des sanctions qui pesaient sur l'Iran, ce qui a aussi été fait depuis l'entrée en vigueur du deal en janvier 2016, ouvrant la porte à des investissements étrangers dans le pays.

Que reproche Donald Trump à ce texte ?

L'accord, conclu sous la présidence de Barack Obama, a été décrié dès sa signature par celui qui lui a ensuite succédé. Pendant sa campagne, le candidat Donald Trump promettait ainsi de "déchirer" le texte, qu'il qualifie de "pire accord jamais conclu". Le 12 janvier 2018, le président américain a exigé que les Européens trouvent une solution, d'ici le 12 mai, pour "remédier aux terribles lacunes" du texte, menaçant de rétablir les sanctions économiques contre Téhéran si ces "lacunes" n'étaient pas comblées.

Donald Trump, qui a encore qualifié l'accord actuel de "pourri", doute de son efficacité pour empêcher l'Iran de développer l'arme nucléaire. "Il a permis à l'Iran de continuer à enrichir l'uranium et d'atteindre la capacité à produire l'arme nucléaire", a assuré Donald Trump. Il souhaiterait qu'il soit possible d'inspecter de façon plus poussée les sites iraniens, et que les restrictions temporaires aient une durée plus longue (certaines expireront en 2025). Le président des Etats-Unis s'agace également de voir Téhéran développer des missiles balistiques et gagner en influence au Moyen-Orient, fournissant un soutien précieux au régime syrien, explique Politico (en anglais).

Autant d'aspects qui ne sont pas concernés par l'accord de 2015. "Ils auraient dû faire un accord qui couvrait le Yémen, qui couvrait la Syrie, qui couvrait d'autres parties du Moyen-Orient où l'Iran est impliqué", avait expliqué Donald Trump lors de la visite officielle d'Emmanuel Macron, fin avril.

Emmanuel Macron partage-t-il ces critiques ?

"Il n'y a pas de mystère pour dire que nous n'avons pas les mêmes positions de départ sur ce point", avait reconnu Emmanuel Macron, le mardi 24 avril à la Maison Blanche. A la veille de son arrivée à Washington, il affirmait à la chaîne américaine Fox News qu'il n'y avait "pas de plan B pour le nucléaire contre l'Iran", tout en reconnaissant que le texte était "imparfait". Pour le président français, négocier un nouvel accord représente un compromis entre sa position et celle de Donald Trump : "On ne déchire pas un accord pour aller vers nulle part. Il faut construire un accord sur l'Iran plus large."

Le président français a proposé de baser les négociations concernant un nouvel accord sur quatre grands axes : maintenir l'interdiction d'enrichir de l'uranium ; s'assurer "qu'il n'y ait pas d'activité nucléaire iranienne à long terme", même après l'expiration des clauses en 2025 ; mettre fin aux programmes de missiles développés par l'Iran ces dernières années ; et poser dans cet accord "les conditions d'une solution politique (...) au Yémen, en Syrie, en Irak et au Liban" incluant les Iraniens.

Impliqué au côté du régime de Bachar Al-Assad en Syrie et des rebelles chiites au Yémen, l'Iran soutient aussi le Hezbollah au Liban, groupe chiite considéré comme terroriste par les Etats-Unis. Le nouvel accord proposé par Emmanuel Macron ne reviendrait donc pas sur les dispositions du précédent, mais élargirait les négociations à d'autres sujets, ceux réclamés par Donald Trump. Mais l'annonce a été boudée par le président iranien Hassan Rohani, la cheffe de la diplomatie européenne ainsi que le porte-parole du Kremlin, très partagés quant à une réflexion autour d'un nouveau texte.

Le 9 mai, au lendemain de la décision de retrait des Etats-Unis, le guide suprême iranien a pour sa part exigé des Européens qu'ils donnent des "garanties réelles" à l'Iran pour lui permettre de rester dans l'accord de Vienne.