Un an près l'explosion à Beyrouth, le Liban "ne fait que survivre", estime un chef de projet français

Les écoles, les hôpitaux, les habitations soufflés par l'explosion restent à reconstruire et l'État est "complètement absent", critique Vincent Gelot.

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Radio France
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Après l'explosion qui a eu lieu le mardi 4 août 2020 sur le port de Beyrouth au Liban, les dégâts dans le centre-ville. (NATHANAEL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

Le Liban "ne fait que survivre" un an après l’explosion sur le port de Beyrouth qui avait fait plus de 200 morts et 6 500 blessés, a déclaré mercredi 4 août sur franceinfo Vincent Gelot, responsable projet pour l’association française et catholique l’Œuvre d’Orient. Ce 4 août 2021 est par ailleurs marqué par une journée de commémoration au Liban, et par la tenue d’une conférence internationale organisée par la France et l’ONU, dans le but de réunir une aide d’urgence de 350 millions de dollars.

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franceinfo : Quel est l'état d'esprit des Libanais en ce jour de commémoration ?

Vincent Gelot : Il y a vraiment eu un avant et un après 4 août, qui a traumatisé les gens qui étaient physiquement sur place. Et puis, globalement, ça a cassé quelque chose au sein des Libanais. Donc aujourd'hui, c'est d'abord une journée de deuil et de commémoration, avec cette célébration interreligieuse sur le port de Beyrouth. Mais c'est aussi une journée de colère et de révolte, parce que la situation s'est aggravée depuis un an, malgré tous les efforts qui ont été faits par la population, par les aides extérieures. Malheureusement, il n'y a aucune lumière qui vient du côté des politiques de ce pays. Cela explique aussi les manifestations et on est tous très inquiets sur l'avenir à court terme, parce que la situation ambiante ne fait que raviver certaines tensions.

La situation confirme l’absence de l’État au Liban aujourd’hui ?

Le travail sur place a été vraiment fait par les associations locales et par les Libanais, à qui il faut réellement rendre hommage. Et puis derrière, ce sont les ONG qui se sont mobilisées pour soutenir la population.

"Actuellement, l'État est complètement absent et le Liban ne fait que survivre, grâce à la solidarité familiale, communautaire, l'aide de la diaspora et grâce au tissu associatif."

Vincent Gelot, responsable projet pour l’association française et catholique l’Œuvre d’Orient

à franceinfo

C'est uniquement cela qui tient ce pays et qui l'empêche de sombrer définitivement dans une crise humanitaire.

Où en est-on de la reconstruction de Beyrouth, un an après ?

Actuellement, on travaille sur les écoles. Certaines sont compliquées à restaurer, parce qu’elles étaient classées au patrimoine beyrouthin. Donc, ce sont des chantiers qui sont complexes, on ne peut pas simplement réparer avec du ciment et du béton. On a également des hôpitaux, qui sont encore en train de tirer la langue parce qu'ils n'ont pas les fonds pour rouvrir complètement, en pleine crise sanitaire. Enfin et surtout, il y a les maisons des gens. Je rappelle qu’au lendemain de l'explosion, plus de 300 000 personnes ont perdu leur logement. Et il suffit de se promener dans les rues de Beyrouth, en face du port, pour voir qu'il y a un grand nombre d'immeubles et de logements qui n'ont pas retrouvé leurs habitants.

Cela veut-il dire que des gens ne sont pas soignés, que des enfants ne vont pas à l'école ?

Oui, tout à fait. Et entre la crise sanitaire et la crise profonde que traverse le pays, il ne faut pas que le 4 août soit l'arbre qui cache la forêt. Le Liban traverse une crise profonde depuis plusieurs années, qui s’est aggravée depuis 2019. 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, il y a un chômage de masse. C'est un pays qui est en profonde souffrance aujourd'hui, avec de grandes pénuries d'essence, des problèmes d'électricité. L'intégralité de la population libanaise souffre et l'explosion du 4 août n'a fait que révéler la déliquescence du pays.

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