Violences en Israël-Palestine : "Un événement plus grave que les autres peut embraser la population"

Charles Enderlin, ancien correspondant de France 2 à Jérusalem, répond aux questions de francetv info sur la vague de violences qui touche actuellement Israël.

Un Palestinien renvoit une grenade lacrymogène envoyée par les forces israéliennes, le 14 octobre 2015 à Bethléem (Territoires palestiniens).
Un Palestinien renvoit une grenade lacrymogène envoyée par les forces israéliennes, le 14 octobre 2015 à Bethléem (Territoires palestiniens). (MUSSA QAWASMA / REUTERS)

Nouvelle journée de tension en Israël-Palestine. Les forces de sécurité israéliennes ont établi, mercredi 14 octobre, des barrages aux entrées des quartiers arabes de Jérusalem-Est, espérant ainsi enrayer la vague de violences qui secoue le pays.

L'opération n'a pas empêché un Palestinien de tenter de poignarder un membre des forces de sécurité israéliennes à l'entrée de la vieille ville de Jérusalem. Un mode opératoire qui se répète ces derniers jours. Sept Israéliens et 31 Palestiniens, dont huit enfants, ont été tués depuis le début des attaques, il y a deux semaines. Charles Enderlin, ancien correspondant de France 2 à Jérusalem, répond aux questions de francetv info sur le sujet.

Francetv info : Ces attaques à l'arme blanche, qui sèment la terreur en Israël, représentent-elles une nouveauté dans le conflit ?

Charles Enderlin : Je ne crois pas. Des attaques au couteau, il y en a déjà eues au début des années 1990, c'est d'ailleurs une des raisons qui a provoqué la défaite du Likoud en 1992 face à Yitzhak Rabin. C'était une période où il y avait pas mal d'attaques de ce type, les assaillants venant souvent de Gaza. Yitzhak Rabin a gagné les élections en affirmant que "pour que cette intifada s'arrête, il faut négocier". Ça a conduit au processus d'Oslo, et l'intifada s'est arrêtée.

Là, il n'y a aucun processus de négociations en cours. La médiation, lancée l'année dernière par le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a échoué. Par rapport aux années 1990, la situation sur le terrain est tout à fait différente, il y a des institutions autonomes, les colonies - où vivent 400 000 Israéliens - sont installées sur 60% de la Cisjordanie, et je ne vois pas comment on pourrait les évacuer. Sans compter le problème insoluble des lieux saints.

Les attaques à l'arme blanche relèvent-elles d'une offensive organisée ?

Il y a des mots d'ordre sur les réseaux sociaux palestiniens, des pages Facebook qui lancent des appels au meurtre d'Israéliens. Il y a aussi un véritable travail de vidéo à partir d'images filmées par des smartphones, où l'on voit des Palestiniens, qui ont poignardé quelqu'un, se rendre et qui finissent par être abattus par des policiers, des militaires ou des civils.

Mais cela ne vient pas d'une organisation qui enverrait des jeunes mener des attaques au couteau. Ce sont des personnes qui sortent de chez elles, prennent une arme blanche et poignardent des gens. C'est un gamin palestinien de 13 ans, qui quitte sa mère pour aller voir un copain, et qui poignarde un autre enfant israélien de 13 ans, quelques rues plus loin. C'est une émanation de la société palestinienne, qui reste toutefois encore très marginale.

Cette vague de violences peut-elle entraîner une "troisième intifada", un terme employé notamment par le Hamas ?

L'ensemble de la population palestinienne ne s'est, à l'heure actuelle, pas soulevée. Mais un événement plus grave que les autres peut embraser la population. Pour moi, le cycle actuel a commencé le 31 juillet, avec l'incendie d'un maison à Duma, où un bébé et ses parents palestiniens sont morts brûlés vifs. Les assassins n'ont toujours pas été capturés.

Selon des sources israéliennes, il s'agit de colons ou de proches de colons que la sécurité intérieure ne veut pas arrêter car ils n'ont pas assez de preuves et ils ne veulent pas révéler leurs sources. Lors d'un événement similaire, en 2009, où une famille de colons avait été tuée à un croisement en Cisjordanie, les coupables avaient été arrêtés en 48 heures. Pour le public palestinien, il y a là deux poids deux mesures.