Raids israéliens contre des cibles iraniennes en Syrie : un épisode "à prendre très au sérieux"

Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po, a affirmé, dimanche, sur franceinfo, qu'avec les attaques aériennes israéliennes en Syrie on assistait à une escalade de la violence dans la région.

Des Casques bleus observent la frontière israélo-syrienne samedi 10 février 2018.
Des Casques bleus observent la frontière israélo-syrienne samedi 10 février 2018. (JALAA MAREY / AFP)
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Israël a mené samedi 10 février une série d'attaques aériennes en Syrie, frappant des cibles militaires syriennes mais aussi iraniennes au cours du plus sévère accès de tensions impliquant les trois pays depuis des années. C'est aussi la première fois depuis longtemps qu'Israël perd un F-16 au combat. Interrogé dimanche sur franceinfo, Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient estime que cet épisode est loin d'être anodin.

franceinfo : Cet épisode est-il à prendre extrêmement au sérieux ?

Frédéric Encel : Oui, il est à prendre très au sérieux. On parle d'une escalade entre Israël et l'Iran. Or, l'Iran est la grande puissance chiite montante dans la région, rivale de l'axe sunnite. À la faveur de la cruelle guerre civile qui prévaut en Syrie depuis six ans, nous avons une implication plus importante encore de l'Iran dans cette région. Outre le Hezbollah au Liban, l'Iran se déploie à travers plusieurs autres groupes chiites et à travers le pouvoir de Bachar al-Assad. Du côté israélien, on craint une espèce de continuum qui irait de Téhéran à la Méditerranée, en passant par toute la frontière septentrionale de l'État hébreu.

Sait-on avec précision qui a abattu cet appareil israélien ?

Ce sont soit des techniciens iraniens, soit des techniciens du Hezbollah installés en Syrie. Mais finalement, que ce soit des gens du Hezbollah ou des soldats iraniens, cela ne change pas grand-chose, dans la mesure où ce sont de toute façon des missiles apportés là par l'Iran. C'est une certitude. Toutes les capacités balistiques dont dispose aujourd'hui Assad en Syrie ou le Hezbollah au Liban proviennent de l'Iran. C'est la raison pour laquelle les Israéliens considèrent que c'est plus dangereux que ce qui se passait auparavant.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a récemment accusé l'Iran de vouloir "détruire" l'État hébreu. Pensez-vous que c'est réellement l'objectif de Téhéran ?

Non, je ne le crois pas. Je crois qu'on est dans une dimension rhétorique. Les ultra-conservateurs à la tête du régime iranien depuis 1979 considèrent que taper Israël sur le plan rhétorique est excellent pour tenter de ramener une grande partie du monde musulman derrière eux. Mais fondamentalement, sur le terrain, de 1979 à aujourd'hui, si l'on excepte la guerre entre le Hezbollah et Israël en 2006, il n'y a pas eu directement de mise en application des menaces de destruction d'Israël par l'Iran.