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Israël-Palestine : les raisons du regain de violence de ces derniers jours

Les heurts entre Palestiniens et policiers israéliens se sont multipliés depuis la mi-septembre, tout comme les attaques contre des Israéliens. Que se passe-t-il au Proche-Orient ? Explications. 

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Un jeune Palestinien brandit son drapeau lors d'affrontements avec l'armée israélienne, le 6 octobre 2015, au check-point de Qalandia, près de Ramallah (Cisjordanie).  (MOHAMAD TOROKMAN / REUTERS)

Ambiance électrique, ces derniers jours, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Depuis trois semaines, les heurts se multiplient entre jeunes Palestiniens et forces israéliennes, sur fond d'attaques contre des colons israéliens. Les violences ont fait deux morts et plus de 180 blessés palestiniens par balles réelles ou caoutchoutées en quarante-huit heures, indique le Croissant-Rouge. 

Francetv info revient sur les raisons de ces nouvelles tensions. 

Le contexte : colonisation et pression politique

Un an après l'opération Bordure protectrice à Gaza, la tension reste vive entre Israéliens et Palestiniens. Chez ces derniers, la frustration de ne toujours pas voir leur Etat est grandissante. De l'autre côté, la colonisation israélienne se poursuit, sur fond de discussions diplomatiques au point mort. Bref, le climat est tel que la moindre étincelle est susceptible de provoquer un emballement. 

Les élections législatives israéliennes ont abouti à la formation d'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire. La victoire de Benyamin Nétanyahou, qui avait redit pendant la campagne son refus d'un Etat palestinien, a éloigné les perspectives de paix. Désormais, le Premier ministre israélien est soumis à de multiples pressions, dont celle de ses partenaires de gouvernement nationalistes religieux et celle du lobby des colons.

Le théâtre : l'esplanade des Mosquées

La nouvelle escalade de violences a débuté il y a trois semaines, sur le site de l'esplanade des Mosquées. Ce lieu, qui abrite la mosquée Al-Aqsa, est hautement explosif dans le conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens : s'il constitue le troisième lieu saint de l'islam, le site revêt aussi une importance religieuse pour les juifs en raison de sa situation. L'esplanade est en effet postée à l'emplacement du mont du Temple juif, le premier lieu saint du judaïsme, détruit par les Romains.

Depuis le conflit de 1967, l'accès au site est régi par un statu quo. Les fidèles musulmans peuvent prier à n'importe quelle heure sur le site ; les juifs, eux, peuvent entrer à certaines heures, mais n'ont pas le droit de prier.

Le déclencheur : le Nouvel An juif  

Mais, à la mi-septembre, le début des fêtes du Nouvel An juif remet le feu aux poudres. Lors de ces célébrations, les juifs ultra-orthodoxes multiplient en effet les entrées sur l'esplanade. Pour les Palestiniens, ces intrusions sont le signe que le gouvernement israélien tente de changer le statu quo, sous l'influence des extrémistes religieux israéliens, qui revendiquent le droit d'y prier. 

C'est dans ce contexte que des affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens éclatent, le 13 septembre, alors que les Israéliens souhaitaient justement empêcher les incidents. Quelques jours auparavant, le ministre de la Défense d'Israël avait ainsi déclaré "illégal" un groupe de musulmans qui affirment défendre le lieu saint, rappelle Le MondeLes heurts s'aggravent rapidement, des témoins musulmans accusant les policiers d'être entrés dans la mosquée Al-Aqsa. 

Le tournant : quatre morts côté israélien

En représailles, Israël décide alors d'interdire aux musulmans de moins de 50 ans l'accès à l'esplanade. La mesure passe mal et les violences se poursuivent, gagnant notamment des villes de Cisjordanie comme Ramallah, Naplouse ou Bethléem. La situation s'envenime début octobre, avec la mort de quatre Israéliens tués par des Palestiniens, ce qui provoque la colère des 400 000 colons israéliens.

Le 1er octobre, un couple est criblé de balles, sous les yeux de ses enfants, dans le nord de la Cisjordanie. Deux jours plus tard, dans la vieille ville de Jérusalem, un jeune homme de 19 ans poignarde un soldat juif et un rabbin, avant d'être abattu par la police. L'attaque est revendiquée par le Jihad islamique, organisation palestinienne radicale basée à Gaza. Le même jour, un autre Palestinien, accusé d'avoir attaqué un juif au couteau, est lui aussi abattu. 

Aussitôt, Israël interdit aux Palestiniens l'accès à la vieille ville de Jérusalem. En direct, samedi soir, le correspondant de France 2 à Jérusalem décrit des rues vidées de ses piétons et une ville aux allures fantomatiques.

A l'extérieur de la ville et en Cisjordanie occupée, les violences redoublent d'intensité. Des dizaines de jeunes masqués affrontent les forces de l'ordre israéliennes, notamment à Bethléem. En l'espace de vingt-quatre heures, le Croissant-Rouge palestinien dénombre 77 Palestiniens blessés.

L'huile sur le feu : les provocations d'Abbas et de Nétanyahou 

Surtout, ne rien arranger. En réaction aux événements, le président de l'Autorité palestinienne et le Premier ministre israélien s'accusent mutuellement d'être responsables de l'escalade. Après la mort des quatre Israéliens, Benyamin Nétanyahou fait savoir, dimanche soir, qu'Israël "mène un combat jusqu'à la mort contre le terrorisme palestinien". Le Premier ministre ordonne aussi "l'accélération des démolitions des maisons des terroristes", une demande qui se concrétise dès mardi à Jérusalem.   

En face, le président de l'Autorité palestinienne met du temps à choisir une position claire. La première réaction de Mahmoud Abbas est de ne pas condamner l'assassinat des quatre Israéliens, souligne Le Point. En revanche, il n'hésite pas à étriller Israël dans un communiqué publié dimanche soir : "Le gouvernement et la partie israélienne ont un intérêt à entraîner la région dans un cycle de violences et ils tentent par l'escalade sur l'esplanade des Mosquées et les attaques de colons de fuir leurs responsabilités et leur isolement international." 

Le futur : troisième intifada ou apaisement ? 

L'emballement et les réactions des deux parties font redouter aux observateurs une troisième intifada, comme celles de 1987 et de 2000. Lundi, le mot revenait partout dans les journaux israéliens ou palestiniens, remarque Courrier international. Pourtant, rien n'est moins sûr, analyse Leila Seurat, chercheure associée au Centre de recherches internationales (CERI), dans Le Monde.

Selon elle, "rien ne permet donc aujourd'hui de parler d'intifada, sinon une tendance à poser des mots familiers sur une réalité qui nous échappe". Pour la docteure en science politique, les protestations actuelles s'apparentent davantage à des "actes individuels de militants, qui (...) ne semblent pas souhaiter un réel basculement dans un cycle de violence de long terme". De plus, Mahmoud Abbas "n'a aucun intérêt" à un tel scénario. Depuis, le président palestinien a d'ailleurs affirmé ne pas vouloir d'une "escalade militaire et sécuritaire" avec Israël. 

La situation, mercredi, semble plutôt s'orienter vers l'apaisement. Dans la matinée, Israël a ainsi levé les restrictions imposées aux fidèles musulmans pour accéder à l'esplanade des Mosquées. Il faudra sans doute encore quelques jours pour que le calme revienne. Le même jour, une nouvelle attaque au couteau s'est produite à Jérusalem, dans une ruelle proche du mur des Lamentations. L'assaillante, une Palestinienne de 18 ans, est hospitalisée dans un état critique. 

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