Guerre entre Israël et le Hamas : ce que l'on sait de l'"opération ciblée" de l'armée israélienne contre l'hôpital al-Chifa de Gaza

Le gouvernement israélien et les Etats-Unis affirment que l'établissement de santé est utilisé pour abriter un site militaire stratégique du Hamas.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Une vue aérienne du complexe hospitalier d'al-Chifa à Gaza, le 7 novembre 2023. (BASHAR TALEB / AFP)

Israël est passé à l'action contre le centre hospitalier al-Chifa. L'armée israélienne est entrée, mercredi 15 novembre, dans l'hôpital, le plus grand de la bande de Gaza, où s'entassent des milliers de déplacés palestiniens, pour "une opération ciblée et de précision contre le Hamas dans un secteur spécifique de l'hôpital al-Chifa", annonce l'armée israélienne dans un communiqué. Franceinfo résume ce que l'on sait de cette opération.

Israël affirme cibler l'hôpital en tant que centre stratégique du Hamas

L'armée israélienne surveille cet hôpital depuis plusieurs semaines. Elle a publiquement averti, à maintes reprises, que l'utilisation militaire continue de l'hôpital al-Chifa par le Hamas "mettait en danger son statut de protection au regard du droit international, et a donné suffisamment de temps pour mettre fin à cet abus illégal de l'hôpital", a-t-elle déclaré dans un communiqué publié sur le réseau social X (ex-Twitter).

Mardi, l'armée israélienne a une nouvelle fois mis en garde le Hamas, demandant aux autorités compétentes de Gaza de cesser "dans les 12 heures" "toutes les activités militaires au sein de l'hôpital". "Malheureusement, ils ne l'ont pas fait", a assuré l'armée israélienne dans son communiqué. Une infographie publiée fin octobre sur X (ex-Twitter) par le Premier ministre Benyamin Nétanyahou illustrait la vision israélienne du bâtiment, sans qu'il soit possible de la confirmer.

"Cet hôpital est utilisé par le Hamas pour protéger son poste de commandement. Je ne dis pas qu'il est dans l'hôpital, mais probablement en dessous. Ce sont des informations qu'on a depuis très longtemps, affirme à franceinfo le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU. Le Hamas utilise les hôpitaux pour se protéger, ce qui est totalement interdit dans le droit de la guerre, mais ce qui lui permet de s'abriter derrière les populations civiles et derrière un hôpital", ajoute-t-il.

Des soldats israéliens et soignants arabophones ont pénétré dans le bâtiment

Selon l'ONU, environ 2 300 personnes, dont des patients, des soignants et des déplacés de guerre se trouvent à l'intérieur de hôpital al-Chifa, encerclé depuis plusieurs jours par les chars et les transports de troupes de l'armée israélienne. Des dizaines de soldats israéliens, certains cagoulés et tirant en l'air, sont entrés dans le bâtiment en demandant aux Gazaouis réfugiés dans l'hôpital de se rendre, a raconté un journaliste collaborant avec l'AFP sur place.

Le vice-ministre de la Santé du Hamas, Youssef Abou Rich, présent dans al-Chifa, a déclaré à l'AFP que "des dizaines de soldats et de commandos" israéliens se trouvaient "aux urgences et à la réception" de l'hôpital et que "des chars sont entrés dans le complexe de l'hôpital". L'armée israélienne a précisé avoir envoyé "des équipes médicales parlant arabe et entraînées" pour ce type d'environnement "complexe" afin "qu'aucun tort ne soit causé aux civils utilisés par le Hamas comme boucliers humains".

Les Etats-Unis avaient repris les accusations d'Israël

Mardi, les Etats-Unis avaient avancé, sur la base de leurs propres renseignements, que le Hamas et le groupe palestinien Jihad islamique géraient "un centre de commandement et de contrôle depuis l'hôpital al-Chifa". John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, avait ajouté que les deux groupes islamistes palestiniens utilisaient "certains hôpitaux de la bande de Gaza, y compris celui d'al-Chifa, et des tunnels se trouvant dessous, pour dissimuler et soutenir leurs opérations militaires et pour détenir des otages".

Washington n'a pas commenté directement l'attaque lancée par Israël, mais un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche a réaffirmé que les Etats-Unis ne soutenaient pas "des frappes aériennes contre un hôpital et (...) ne [voulaient] pas voir d'échanges de tirs dans un hôpital où des personnes innocentes, démunies, malades cherchant à recevoir des soins, sont prises entre deux feux. Les hôpitaux et les patients doivent être protégés".

L'armée assure avoir trouvé des "armes et équipements militaires"

L'armée israélienne a annoncé mercredi soir avoir trouvé "des munitions, des armes et des équipements militaires" du mouvement islamiste palestinien Hamas dans l'hôpital al-Chifa de Gaza où elle est intervenue militairement. "Nous avons la preuve que l'hôpital servait à des fins militaires et terroristes, contrairement aux lois internationales", a déclaré à la presse le porte-parole de l'armée Daniel Hagari.

Le Hamas dément les accusations et exhorte l'ONU à mettre fin à cette opération

Avant cette attaque, la situation était "horrible", avait alerté l'ONU. Le directeur de l'hôpital avait déclaré mardi qu'au moins "179 corps" avaient été enterrés dans une fosse commune. Le ministère de la Santé du Hamas avait mis en garde "contre un massacre à l'hôpital" d'al-Chifa. "Nous tenons [Israël], la communauté internationale, les Etats-Unis entièrement responsables de la sécurité des milliers de membres des équipes médicales, blessés, déplacés dans l'enceinte", avait déclaré le ministère. 

Le ministère de la Santé du Hamas avait démenti les accusations d'Israël et des Etats-Unis et a, à plusieurs reprises, réclamé la visite de "commissions d'enquêtes internationales". "L'adoption par la Maison-Blanche et le Pentagone du faux récit de l'occupation selon lequel la résistance utilise al-Chifa à des fins militaires a donné le feu vert à l'occupation pour commettre davantage de massacres contre les civils", a affirmé le Hamas. Youssef Abou Rich, le vice-ministre de la Santé du Hamas, a appelé l'ONU et la communauté internationale à intervenir "immédiatement" pour mettre fin à cette opération.

L'armée israélienne "n'a trouvé ni armes ni équipement" militaire à l'hôpital d'al-Chifa de Gaza, a également affirmé le ministère de la Santé du Hamas qui précise "ne pas autoriser" la présence d'armes dans ses établissements.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères palestinien a accusé mercredi l'armée israélienne d'avoir "violé de façon flagrante" le droit international en lançant cette opération et réclamé une "intervention internationale pour y protéger les civils".

Les organisations humanitaires dénoncent le raid militaire

"Je suis horrifié par les informations faisant état de raids militaires à l'hôpital al-Chifa à Gaza, a écrit sur le réseau social X Martin Griffiths, responsable des opérations humanitaires d'urgence de l'ONU. La protection des nouveau-nés, des patients, du personnel médical et de tous les civils doit primer sur toute autre préoccupation. Les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille."

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ainsi que le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont aussi dits "extrêmement inquiets" de l'impact sur les personnels médicaux, les patients et les civils qui ont trouvé refuge dans l'hôpital. Le CICR rappelle que "les patients, le personnel médical et les civils doivent être protégés à tout moment" et indique être en contact "avec les autorités concernées." Le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a jugé sur X que "les informations sur une incursion militaire dans l'hôpital d'Al-Chifa sont profondément préoccupantes".

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