Ce que l'on sait (et ce que l'on ne sait pas encore) de l'accord de paix conclu entre Israël et les Emirats arabes unis

Donald Trump a salué une "percée spectaculaire", mais les dirigeants palestiniens ont rejeté l'accord annoncé jeudi, estimant qu'il s'agissait d'une "trahison" de la cause palestinienne. 

Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s\'adresse aux Israéliens depuis Jérusalem le 13 août 2020.
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s'adresse aux Israéliens depuis Jérusalem le 13 août 2020. (POOL NEW / REUTERS)

Une "percée spectaculaire" ? Israël et les Emirats arabes unis ont signé un "accord de paix historique" sous l'égide des Etats-Unis, a annoncé jeudi 13 août le président américain Donald Trump, permettant à ces deux pays de normaliser leurs relations. Il s'agit d'une "journée historique" qui ouvre "une nouvelle ère" pour le monde arabe et Israël, a réagi le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Les Emirats arabes unis ont de leur côté salué une "étape audacieuse" qui permettra de parvenir à "une solution à deux Etats" pour le peuple palestinien. Voici ce que l'on sait, et ce qu'on ignore encore, sur ce texte.

Ce que l'on sait

Un accord conclu sous l'égide des Etats-Unis. Selon Jared Kushner, gendre et conseiller spécial de Trump, les discussions entre les trois pays ont duré dix-huit mois, avec une accélération depuis début juillet, et une finalisation mercredi. Donald Trump a salué sur Twitter "un accord de paix historique" et annoncé qu'il serait signé d'ici trois semaines à la Maison Blanche. "Ils viendront à Washington", a expliqué le président américain. Donald Trump a également dit espérer que d'autres accords similaires puissent être conclus au Moyen-Orient. Cet accord offre au président américain l'occasion d'afficher un résultat spectaculaire de politique étrangère à moins de trois mois de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre.

Vers une reprise des relations diplomatiques et des accords bilatéraux. Des délégations israéliennes et des Emirats arabes unis doivent se rencontrer dans les semaines à venir pour signer des accords bilatéraux portant sur l'investissement, le tourisme, des liaisons aériennes directes, la sécurité, les télécommunications et d'autres sujets, peut-on lire dans la déclaration conjointe (en anglais) des trois pays. Un échange d'ambassadeurs entre Israël et les Emirats devrait également intervenir "prochainement", selon le ministre d'Etat aux Affaires étrangères des Emirats, Anwar Gargash, qui n'a pas donné plus d'indications.

Le troisième pays arabe à entretenir des relations officielles avec Israël. Depuis sa fondation en 1948, Israël a eu des relations tumultueuses avec le monde musulman et arabe, et la signature de cet accord fait des Emirats arabes unis le troisième pays arabe seulement à entretenir des liens diplomatiques avec lui, après les traités de paix conclus avec l'Egypte (1979) et la Jordanie (1994). Ces dernières années, Israël a néanmoins développé une coopération officieuse avec des économies régionales comme Bahreïn, les Emirats et l'Arabie saoudite, avec lesquels il cherche à normaliser ses relations.

Les dirigeants palestiniens rejettent l'accord. Alors que les Emirats assurent que cet accord "préserve l'option de deux Etats [israélien et palestinien], défendue par la Ligue arabe et la communauté internationale", l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a qualifié jeudi soir de "trahison" de la cause palestinienne le texte et a rappelé son ambassadeur à Abou Dhabi. Le pouvoir palestinien a aussi appelé à une "réunion d'urgence" de la Ligue arabe pour dénoncer le projet, alors qu'elle assure avoir été totalement tenue à l'écart des négociations. Le Hamas a également condamné et rejeté cet accord qui "ne sert pas la cause palestinienne mais est considéré comme une continuation du déni des droits du peuple palestinien".

Des premières réactions positives de la communauté internationale. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a salué jeudi soir "toute initiative susceptible de promouvoir la paix et la sécurité dans la région du Moyen-Orient". Il voit dans cet accord "une occasion pour les dirigeants israéliens et palestiniens de reprendre des négociations substantielles, débouchant sur une solution à deux Etats conformément aux résolutions onusiennes en la matière".

La France a également salué la décision de "suspendre l'annexion des territoires palestiniens", selon un communiqué du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. Le ministre des Affaires étrangères a appelé de ses vœux "la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens en vue de l'établissement de deux Etats (...) pour permettre une paix juste et durable dans la région"Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s'est de son côté réjoui d'une "excellente nouvelle". "J'ai suivi avec intérêt et satisfaction la déclaration conjointe des Etats-Unis, des Emirats arabes unis et d'Israël visant à mettre fin à l'annexion israélienne des terres palestiniennes et à prendre des mesures pour apporter la paix au Moyen-Orient", a aussi déclaré Abdel Fattah al-Sissi, le président égyptien.

Des réactions plus négatives de la Turquie et de l'Iran"Les Emirats arabes unis s'efforcent de présenter cela comme une sorte de sacrifice pour la Palestine, alors qu'ils trahissent la cause palestinienne pour servir leurs petits intérêts", a réagi dans un communiqué le ministère turc des Affaires étrangères. Ardent défenseur de la cause palestinienne, le président turc Recep Tayyip Erdogan critique régulièrement les pays arabes, qu'il accuse de ne pas adopter une attitude suffisamment ferme face à Israël.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a de son côté qualifié l'accord de "stupidité stratégique d'Abou Dhabi et de Tel-Aviv", ajoutant qu'il renforcerait "l'axe de résistance dans la région", en référence aux alliés de Téhéran au Moyen-Orient.

Ce que l'on ne sait pas encore

Ce que vont devenir les territoires cisjordaniens qu'Israël voulait annexer. Aux yeux des Emirats, en échange de cet accord, Israël a accepté de "mettre fin à la poursuite de l'annexion des territoires palestiniens". Mais Benyamin Nétanyahou n'a pas confirmé, loin de là : l'annexion de pans de ce territoire palestinien occupé est "reportée" mais Israël n'y a "pas renoncé". "J'ai apporté la paix, je réaliserai l'annexion", a-t-il même proclamé. "La formulation a été choisie avec soin par les différentes parties. 'Pause temporaire', ce n'est pas écarté définitivement", a avancé pour sa part l'ambassadeur américain en Israël, David Friedman.

Dévoilé en janvier, un plan de Donald Trump pour le Proche-Orient, immédiatement rejeté par les Palestiniens et critiqué par la communauté internationale, avait offert à Israël la possibilité d'annexer des territoires et colonies juives de Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international. Son application par Israël pouvait intervenir à tout moment à compter du 1er juillet mais n'avait fait l'objet d'aucune mise en œuvre à ce jour.