Attaques du Hamas contre Israël : ce que l'on sait des massacres dans les kibboutz de Kfar Aza et Be'eri

Selon des militaires israéliens, des dizaines de civils ont été tués par les commandos du Hamas, samedi. Parmi eux, "des femmes, des enfants, des jeunes enfants et des personnes âgées".
Article rédigé par franceinfo
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Deux soldats israéliens en patrouille dans le kibboutz de Kfar Aza, où une centaine de personnes ont été tuées par des commandos du Hamas. (JACK GUEZ / AFP)

"Crimes de guerre", "massacres", "carnages"... Depuis l'attaque du Hamas contre Israël, samedi 7 octobre, le bilan de la guerre entre Israël et le Hamas continue de s'alourdir de façon vertigineuse, avec des milliers de morts recensés au total, cinq jours après l'attaque surprise lancée par le mouvement islamiste palestinien depuis Gaza.

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En Israël, plus de 1 200 personnes ont été tuées, selon le porte-parole de l'armée israélienne. Selon des ONG, plus de 200 personnes ont été tuées dans deux kibboutz dans le sud d'Israël, près de Gaza, à Kfar Aza et Be'eri. franceinfo fait le point sur ce que l'on sait.

A Be'eri, des commandos passent de maison en maison 

Samedi, dès l'aube, plusieurs dizaines de terroristes du Hamas – 70 selon l'armée israélienne –, ont pris d'assaut le kibboutz de Be'eri, à quatre kilomètres de la bande de Gaza. Selon un bilan de plusieurs ONG israéliennes, confirmé par la rédaction internationale de Radio France, l'attaque terroriste du Hamas a fait plus de 100 morts dans ce seul village, le plus grand kibboutz proche de Gaza qui comptait 1 200 habitants avant l'attaque.

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Les habitants ont été réveillés par des coups de feu et des bruits d'explosion. Les assaillants sont passés de maison en maison : ils y ont exécuté les civils, parfois encore dans leurs lits, à l'arme automatique et ont déclenché des incendies. Les premiers secours décrivent de très nombreux corps, de très nombreux blessés graves ainsi que beaucoup de disparus, dont une jeune femme de 18 ans, probablement emmenée en otage.

Durant de longues heures, les familles étaient réunies à l'occasion des fêtes de Souccot : certains ont eu le temps de se réfugier dans les "mamad", ces chambres fortes situées à l'intérieur de certaines habitations, mais conçues davantage pour les alertes à la roquette, fréquentes dans la région. Barricadés, des survivants racontent avoir attendu des heures à l'étroit dans une pièce dans le noir. Liel Fishbein, 25 ans, dit avoir d'abord entendu des tirs et perçu des odeurs de brûlé : les détonations ont duré de longues heures. Il précise avoir aperçu des terroristes cagoulés avec, parmi eux, des silhouettes juvéniles et derrière les cagoules, des yeux d'adolescents. 

Enfermé avec sa mère et sa grand-mère, sans électricité et sans eau, il confie avoir vu sa grand-mère "de 94 ans faire ses besoins dans un sac" dans un espace "minuscule et sans air". Après 22 heures d'attente, des soldats israéliens sont arrivés et ont libéré le jeune homme et sa famille.

A Kfar Aza, la question des "bébés tués"

Kfar Aza : le nom de cet autre kibboutz est, depuis mardi 10 octobre dans l'après-midi, au cœur des préoccupations. Mais que s'y est-il réellement passé ? "Ce n'est pas un champ de bataille. C'est un massacre", expliquait ainsi le major général Itai Veruv, avant que des journalistes n'entrent à Kfar Aza, attaqué, samedi, par des commandos du Hamas. 

Car pour mieux comprendre l'horreur découverte à Kfar Aza, il faut préciser les conditions de cette visite : Tsahal a contacté plusieurs médias et leur a proposé de se rendre sur les lieux. Tous les médias n'ont pas été conviés. Les reporters présents sur place appartiennent souvent à des rédactions très sérieuses, telles que CNN, l'Agence france presse (AFP) ou Le Monde. La visite s'est donc déroulée sous escorte des militaires israéliens, à 1 800 mètres de la barrière de sécurité qui était censée empêcher toute infiltration depuis la bande de Gaza.

Les journalistes sur place découvrent, comme à Be'eri, des familles entières, enfants compris, passés par les armes, d'autres brûlés à l'intérieur de leurs petites maisons. Au moins 100 civils ont été tués dans ce village d'environ 800 personnes, annoncent certains. Plusieurs dizaines de corps de combattants du Hamas ont été également retrouvés. Et certains médias évoquent des scènes d'horreur : des couples tués dans leur sommeil, des traces de sang massives dans les salons ou les chambres, des lits d'enfants tâchés de sang et des bébés tués, dont certains décapités. Cette dernière information, pour l'heure, est invérifiable : ce sont des journalistes de la chaîne i24News qui, en français et en anglais, donnent l'information sur leurs antennes, mardi 10 octobre. Visiblement choqués, en direct à la télévision, les reporters y évoquent la mort d'une "quarantaine d'enfants et de bébés", parlant dans la foulée de "décapitations". Ces vidéos ont aussitôt été reprises sur les réseaux sociaux et massivement relayées. 

Or, les gradés de l'armée israélienne présents sur les lieux, dont le major général Itai Veruv, ne parlent pas explicitement de plusieurs cas d'enfants décapités. Ils restaient d'ailleurs imprécis sur le nombre de victimes au total.

Ce que confirme Samuel Forey, correspondant du Monde, qui était sur place : interrogé par franceinfo, il confirme que les corps des terroristes étaient exposés au sol, alors que ceux des Israéliens étaient dans des sacs mortuaires, toujours restés fermés. Ils n'étaient d'ailleurs pas regroupés en un seul point, ce qui rend difficile un bilan précis pour des observateurs. Selon une dépêche de l'AFP, "plusieurs militaires israéliens interrogés font état de plus de 100 morts civils, parfois 150". Contrairement à ce qui s'était passé à Boutcha, en Ukraine, aucun journaliste n'a pu voir de cadavres, ni les compter en un seul lieu.

Concernant le mode opératoire du massacre, un porte-parole du Maguen David Adom, l'équivalent israélien de la Croix-Rouge, indique qu'il n'est pas en mesure de confirmer les informations, notamment, des décapitations de dizaines de bébés, comme cela a été diffusé par certains médias. Il ne s'agit pas de dire que ça n'a pas eu lieu, mais à ce stade, cela n'a pas été documenté.

Ces tueries relèvent-elles de "crimes de guerre" ?

La mort de plus de 100 personnes dans le kibboutz de Be'eri et le "massacre" évoqué par l'armée israélienne dans celui de Kfar Aza relèvent du "crime de guerre", a affirmé Nathalie Godard, directrice de l'action chez Amnesty International France, mercredi 11 octobre sur France Inter. "La situation entre Israël et la Palestine est qualifiée par le droit international humanitaire de conflit armé permanent", indique-t-elle. De ce fait, "les différentes parties, quelles qu'elles soient, doivent respecter le droit international et les règles de la guerre".

Aussi, "il n'y a rien qui peut justifier à la fois les attaques contre les civils et les prises d'otage de civils", précise-t-elle. La "gravité" des faits dans ces kibboutz "montre qu'il y a des lignes rouges qui sont actuellement franchies dans l'atrocité", ajoute-t-elle, quatre jours après l'offensive du Hamas contre Israël. "Amnesty International Israël est sur place et nous avons également des chercheurs qui sont sur place", promettant que le résultat de leur enquête sera livré "très bientôt".

Enfin, "l'imposition d'un siège total" sur la bande de Gaza "relève également du crime de guerre", souligne Nathalie Godard par ailleurs, car "c'est une forme de punition collective contre les 2,2 millions de Palestiniens et Palestiniennes" qui y vivent. "Le directeur de l'hôpital de Gaza dit qu'il a cinq jours de réserves d'eau et que dans cinq jours, il n'a plus d'eau", alerte-t-elle.

Depuis samedi 7 octobre et le déclenchement de l'offensive du Hamas, l'attaque la plus meurtrière de l'histoire du pays en 75 ans, 1 200 personnes ont trouvé la mort en Israël. Dans la bande de Gaza, le nombre de morts est monté à 1 055, selon un bilan revu à la hausse mercredi 11 octobre. 

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