En Irak, cinq ans après le départ de Daech, la lente reconstruction de Mossoul : "Personne ne nous a vraiment aidés..."

Il y a cinq ans, les combats pour la libération de Mossoul, occupée par l'Etat islamique, avaient détruit de nombreux quartiers de cette ville irakienne. Des familles commencent seulement à se réinstaller dans leurs habitations reconstruites, notamment dans le centre historique.

Article rédigé par
Lucille Wassermann - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une vue aérienne de la ville de Mossoul, au nord de l'Irak, le 21 juin 2022. (ZAID AL-OBEIDI / AFP)

Les bras chargés d'appareils électroménagers, Nourredine, 59 ans, avance dans les allées étroites de la vieille ville de Mossoul, dont une partie a été récemment reconstruite. Après huit ans d'absence, il se réinstalle enfin chez lui, avec sa famille. "Je n'ai pas les mots pour décrire mon bonheur aujourd'hui. C'est juste un sentiment incroyable d'être de retour dans sa ville et dans sa maison."

En ce début de mois de juillet, l'Irak célèbre les cinq ans de la libération de Mossoul. La deuxième ville du pays avait été occupée par le groupe Etat islamique de 2014 à 2017. Une bataille de neuf mois avait alors réduit ses quartiers en champs de ruines, en particulier le centre historique. Cinq ans après, les familles commencent seulement à se réinstaller.

Les procédures prennent "énormément de temps"

Son domicile avait été complétement détruit pendant la guerre. Il a été reconstruit récemment par l'Unesco, qui s'est engagé à faire de même pour 124 maisons du centre-ville. Entouré de ses deux fils, Nourredine, dans une petite cour intérieure, a les yeux humides. "Vous savez, le gouvernement devait nous indemniser, mais la procédure semble prendre énormément de temps !"

"Sans l'aide de l'Unesco, on serait encore dans des tentes de déplacés !"

Nourredine

à franceinfo

Sur place, un représentant de l'Unesco supervise les travaux. Casque blanc sur la tête et gilet jaune flurorescent sur les épaules, Mustafa Nadhem explique pourquoi la phase de reconstruction n'a débuté qu'il n'y a que quelques mois : "D'abord, on a dû faire venir une équipe spécialisée pour enlever tous les débris, puis il a fallu enlever les engins explosifs dans toutes les maisons. C'était très dangereux de travailler... Lorsqu'on a enlevé des débris dans une maison, on a même encore retrouvé un corps !"

"On a dû reconstruire avec notre propre argent"

Aujourd'hui, grâce à l'oeuvre de l'agence onusienne, la partie reconstruite ferait presque oublier les destructions alentour. Ce seait oublier les nombreuses familles qui n'ont pas été aidées par l'organisation et qui ont dû reconstruire leur logement par eux-mêmes. "Personne ne nous a vraiment aidés et tout était détruit ici", soupire un Mossouliotte rencontré dans une allée adjacente. Comme son compère qui l'aide à porter des sacs de sable, il est recouvert de peinture.

"Le gouvernement nous disait que ce n'était pas à eux de faire ce travail mais aux ONG, poursuit-ilQuand des ONGs sont venues ici, elles ont reconstruit une partie, mais pas le reste. On a dû reconstruire avec notre propre argent." Au total, c'est 4 000 euros que ces Irakiens ont dû économiser ces dernières années. Cinq ans après la libération, ce sont surtout les habitants eux-mêmes qui reconstruisent la ville dont le cœur historique reste encore majoritairement en ruines.

Cinq ans après le départ de Daech, la lente reconstruction de Mossoul - Le reportage de Lucille Wassermann
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