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Les militantes saoudiennes renoncent à prendre le volant sous la pression

En Arabie saoudite, des dizaines de femmes font campagne pour obtenir le droit de conduire. Mais elle se sont heurtées samedi à l'intimidation orchestrée par la police.

Article rédigé par
Jéromine Santo Gammaire - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une femme conduit sa voiture en Arabie saoudite, le 22 octobre 2013. (FAISAL NASSER / REUTERS)

Depuis 2011, des femmes saoudiennes prennent régulièrement le volant pour réclamer… le droit de conduire. L'Arabie saoudite est en effet le seul pays au monde où les femmes ne sont pas autorisées à le faire. 

La journée du samedi 26 octobre devait donner lieu à une mobilisation particulière, mais les militantes en pointe du mouvement ont finalement dû y renoncer sous la pression policière. Seule une poignée ont finalement pris le volant. En 2011, une initiative identique avait mené certaines de ces militantes en prison pour plusieurs jours, d'autres avaient perdu leur emploi.

Des militantes appelées à leur domicile

Samedi, la police était déployée dans plusieurs des principales routes de Ryad, la capitale, et des barrages étaient établis dans certaines rues, notamment celles où habitent des militantes. Certaines ont été appelées à leur domicile.

Pour éviter "l'affrontement avec le ministère de l'Intérieur", la militante Nassim Al Sada, une des cadres du mouvement, avait finalement appelé les femmes à ne pas conduire samedi, tout en affirmant que le mouvement se poursuivrait "jusqu'à ce que les femmes obtiennent le droit de conduire", sans se concentrer sur une date particulière.

Lancée en septembre sous le slogan "Conduire est un choix", la campagne a d'ores et déjà mobilisé des dizaines de Saoudiennes et "plus de cinquante vidéos montrant des femmes en train de conduire" ont été postées sur internet depuis le début du mois d'octobre, explique Manal Al Sharif, une autre militante.

"Je suis prête, ma fille est prête, la société l'est aussi"

"Le moment est venu pour les femmes de conduire", déclare une militante au volant de sa voiture dans une vidéo postée sur YouTube. "Je suis prête, ma fille est prête, et la société aussi l'est. Jusqu'à quand vivrons-nous dans une société oppressive qui nous prive de nos droits fondamentaux ? J'ai conduit en 1990 pour exiger mon droit. Aujourd'hui, vingt-trois ans plus tard, il est toujours ignoré."

Les militantes ont toutefois noté des signaux positifs de la part des autorités. Ainsi, le chef de la puissante police religieuse saoudienne, Abdel Latif Al Cheikh, tout comme le ministre de la Justice, Mohammad Al-Issa, ont tous deux affirmé qu'aucun texte religieux n'interdisait aux femmes de conduire. En avril, le neveu du roi Abdallah, le prince Al Walid ben Talal, s'était montré favorable aux femmes au volant, note L'Orient-Le Jour.

"La campagne des conductrices n'est qu'une étape"

Aucune loi saoudienne n'interdit explicitement la conduite aux femmes, c'est la tradition qui s'en charge depuis vingt ans. En Arabie saoudite, une femme doit demander l'autorisation de son tuteur (père, mari ou frère) pour pouvoir travailler, voyager, se marier ou ouvrir un compte bancaire. Pour Manal Al Charif, cette campagne n'est qu'une étape et devra se poursuivre pour obtenir "un droit encore plus important" : celui "d'être considérées comme majeures".

Des extrémistes religieux avaient manifesté mardi devant le palais royal à Jeddah, dans l'ouest du pays, pour protester contre les revendications de ces femmes au volant, dénonçant une tentative d'"occidentalisation" du pays. Un argument souvent avancé lorsqu'il s'agit de faire progresser les droits des femmes, soulignent les militantes. En septembre, un religieux conservateur avait affirmé que les femmes qui conduisent risquaient d'avoir des enfants anormaux, en raison de "la pression sur leurs ovaires".

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