Prise d'otages à Sydney : récit d'une journée d'angoisse

L'assaut de la police pour libérer les otages a fait au moins quatre blessés et trois morts, dont le preneur d'otages.

Un otage blessé est transporté par les secours, mardi 16 décembre 2014 à Sydney (Australie).
Un otage blessé est transporté par les secours, mardi 16 décembre 2014 à Sydney (Australie). (PETER PARKS / AFP)

En Australie, dans la nuit de lundi à mardi 16 décembre, la police a donné l'assaut pour mettre fin à la prise d'otages à Sydney, dans un café du centre-ville. Le bilan provisoire est déjà lourd avec au moins trois morts et quatre blessés. Les captifs ont vécu 16 heures d'angoisse, sous le joug de Man Haron Monis, un homme de 50 ans d'origine iranienne. Francetv info revient sur les événements de cette longue journée australienne.

10 heures, début de la prise d'otages

Il est presque 10 heures à Sydney (minuit en France) lorsqu'un homme fait irruption dans le Lindt Chocolat Cafe, situé sur Martin Place, une place piétonne située dans le centre des affaires de Sydney. Au total, 17 personnes sont retenues par le preneur d'otages.

Dans les minutes qui suivent, un drapeau islamique est plaqué à la vitrine du café par les otages, ce qui laisse craindre à une attaque du groupe terroriste Etat islamique. Le drapeau, partiellement visible, porterait l'inscription de la "shahada", la profession de foi musulmane : "Il n'y a de Dieu qu'Allah, et Mohamed est son prophète." Mais il ne s'agit pas du drapeau officiel des jihadistes. D'ailleurs le preneur d'otages exige rapidement un drapeau de l'Etat islamique.

Capture d\'écran de la chaîne Channel Seven montrant les otages de Sydney en train de placer un drapeau islamioque, lundi 15 décembre 2014.
Capture d'écran de la chaîne Channel Seven montrant les otages de Sydney en train de placer un drapeau islamioque, lundi 15 décembre 2014. (CHANNEL SEVEN / AFP)

Au fil de la journée, plus de 40 organisations musulmanes australiennes ont condamné la prise d'otages et le "détournement" de la "shahada" par des "individus qui ne représentent qu'eux-mêmes".

11h30, réaction du Premier ministre australien

Rapidement, le Premier ministre australien Tony Abbott convoque le comité de sécurité nationale, réunissant les membres de son gouvernement et des conseillers chargés des questions de sécurité. "Nous ne connaissons pas les motivations de l'auteur, nous ne savons pas s'il agit pour des motifs politiques mais de toute évidence, il existe des éléments allant dans ce sens", déclare-t-il dans un communiqué vers 11h30.

L'Australie, engagée aux côtés des Etats-Unis dans la lutte contre l'organisation Etat islamique, a relevé en septembre son niveau d'alerte face à la menace terroriste représentée notamment par les combattants jihadistes australiens de retour d'Irak et de Syrie. Fin octobre, elle a durci sa législation antiterroriste en interdisant tout voyage sans raison valable vers des pays considérés comme des foyers du terrorisme international.

16 heures, des otages s'échappent

Six heures après le début de la prise d'otages, cinq personnes parviennent à s'enfuir. Il s'agit de trois hommes et deux femmes. Plusieurs d'entre eux semblent être des employés du café, identifiés par leur tablier.

La chaîne australienne Channel 7 diffuse également les images d'un homme, aperçu à l'intérieur du café, qu'elle présente comme le possible assaillant. Les revendications du preneur d'otages sont également relayées par des otages auprès des médias. En plus d'un drapeau de l'Etat islamique, isouhaite parler au Premier ministre australien. Il affirme par ailleurs disposer de deux bombes dans le café, et deux autres ailleurs dans la ville.

A l'intérieur du café, les conditions sont difficiles pour les otages, comme le raconte ce père de famille dans le Daily Telegraph (en anglais). "Nous voyons que le preneur d'otages les fait tourner, il les force à se mettre debout près des fenêtres, parfois pendant deux heures", décrit Chris Reason, journaliste pour la chaîne Channel 7.

2h30 du matin, début de l'assaut

Juste avant la prise d'assaut par les forces de police, cinq nouvelles personnes réussissent à s'échapper du café. Il reste 9 otages quand la police australienne entre dans le café. Puis une série de lourdes détonations retentit peu avant 2h30 du matin (16h 30 en France) au moment où des commandos de la police entrent par une porte latérale donnant accès au café.

Dans une situation très confuse, des otages sortent en courant du bâtiment tandis que d'autres sont emmenés sur des brancards au milieu d'un déluge de feu. Des centaines de policiers lourdement armés avaient été mobilisés.

Avant le dénouement, la police a admis que le preneur d'otages était un "religieux" d'origine iranienne répondant au nom de Man Haron Monis, inquiété par la justice australienne pour plusieurs faits de violence. Selon le quotidien The Australian, l'homme a envoyé des lettres d'injures aux familles de soldats morts en opérations et était en liberté conditionnelle sous l'accusation de complicité de meurtre dans l'enquête sur la mort de son ex-épouse.

3 heures, "le siège est terminé" 

"Le siège est terminé", annonce sur Twitter peu avant 3 heures locales (17 heures en France) la police de la province de Nouvelle Galles-du-Sud, soit environ 16 heures après le début de la prise d'otages. Un robot de déminage pénètre dans le café, et des secouristes vont et viennent à l'intérieur du bâtiment. 

Le bilan de l'opération fait état de six blessés et de trois morts, dont le preneur d'otages. Les victimes sont un homme de 34 ans et une femme de 38 ans. Lors de sa conférence de presse, la police australienne a tenu à rassurer la population en assurant qu'il s'agissait d'un acte isolé.