Israël-Palestine : les raisons de la flambée de violence à Jérusalem et dans les territoires occupés

Les tensions entre Israéliens et Palestiniens, de plus en plus vives, ont conduit ces derniers jours à la pire escalade de ces dernières années entre le Hamas et l'Etat hébreu. 

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Une épaisse fumée se dégage d'un immeuble de Gaza en train de s'écrouler après une frappe de l'armée israélienne, le 12 mai 2021. (QUSAY DAWUD / AFP)

Depuis lundi 10 mai, l'escalade militaire entre l'Etat hébreu et le Hamas s'intensifie, après une semaine de violents affrontements entre Palestiniens et Israéliens à Jérusalem. Dans l'enclave palestinienne, 119 personnes sont mortes dont 31 enfants. En Israël, huit personnes ont été tuées. Franceinfo vous explique les raisons de ce regain de violences, alors que les appels au calme de la communauté internationale se multiplient.

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Le quartier de Sheikh Jarrah

Dans le quartier palestinien de Sheikh Jarrah, situé à Jérusalem-Est, la menace d'expulsion qui plane sur les habitants au profit de colons israéliens a catalysé la colère des Palestiniens et a indigné leurs défenseurs à travers le monde. En l'espace d'une semaine, Sheikh Jarrah est devenue le symbole de la montée des tensions entre Israéliens et Palestiniens.

Pour les Palestiniens, il s'agit de défendre leur présence à Jérusalem-Est, la partie palestinienne de la ville occupée par Israël depuis 1967. Une vingtaine de maisons font l'objet d'une bataille en justice entre leurs habitants et des colons juifs revendiquant la propriété de ces terrains, où une petite communauté juive vivait avant la création de l'Etat hébreu en 1948. Depuis des semaines, les Palestiniens manifestent leur soutien à ces familles menacées d'expulsion, en organisant des dîners de rupture du jeûne du ramadan ou des manifestations pacifiques.

Des heurts ont éclaté le 3 mai en marge d'une de ces manifestations, faisant une dizaine de blessés. Depuis, les affrontements avec la police israélienne, qui use de grenades assourdissantes et de balles en caoutchouc, sont quasiment quotidiens. Le report d'une audience très attendue de la Cour suprême sur le dossier Sheikh Jarrah, prévue le 10 mai, n'a pas suffi à apaiser les tensions. Dans le même temps, d'autres affrontements sur l'emblématique esplanade des Mosquées ont fait plusieurs centaines de blessés.

Le statut de Jérusalem-Est

"Comme à Sheikh Jarrah, l'histoire du conflit israélo-palestinien tourne autour de la question de l'appropriation de la terre", explique sur franceinfo Jean-Paul Chagnollaud, président de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo)Depuis 1949, la ville sainte est divisée en deux parties par une ligne de cessez-le-feu, qui sépare Israël de la Cisjordanie. La partie israélienne se trouve à l'ouest et la partie palestinienne à l'est a été annexé par Israël après la guerre des Six Jours en 1967. L'Organisation des Nations unies n'a jamais reconnu cette annexion et considère que Jérusalem-Est est sous occupation israélienne. Les Palestiniens dénoncent cette appropriation. 

"Les gouvernements successifs de droite et d'extrême droite essaient de faire en sorte qu'il y ait le moins de Palestiniens possible à Jérusalem-Est", explique Jean-Paul ChagnollaudAinsi, l'Etat hébreu estime que l'ensemble de la ville de Jérusalem est la capitale d'Israël. Malgré les critiques de la communauté internationale, Israël n'a jamais cessé de développer des colonies juives sur ce territoire, en violation du droit international. Aujourd'hui, plus de 350 000 arabes et 227 000 juifs vivent à Jérusalem-Est. Et les plans de paix successifs ont souvent éludé la question du statut de la ville sainte. "Jérusalem avait été placée volontairement en dehors de la table des négociations [des accords] d'Oslo parce que le sujet était perçu comme étant trop complexe", observe l'historien Vincent Lemire, spécialiste de Jérusalem, interrogé par franceinfo.

La surenchère de Benyamin Nétanyahou

La montée des tensions à Jérusalem a lieu dans un contexte de crise politique en Israël. Après quatre élections en moins de deux ans, l'Etat hébreu n'arrive toujours pas à se doter d'un gouvernement stable. Après plusieurs semaines de tractations, Benyamin Nétanyahou a échoué début mai à en former un. Un épisode dont le Premier ministre sort affaibli, d'autant que son procès pour corruption se poursuit depuis plusieurs mois.

C'est désormais au sein d'une opposition disparate que se négocie une improbable coalition alternative. Si le Premier ministre clame le droit d'Israël à se défendre face aux roquettes tirées depuis Gaza, les raids meurtriers menés contre l'enclave palestinienne contrôlée par le Hamas ne sont pas sans arrière-pensées politiciennes. "Benyamin Nétanyahou a énormément à gagner dans les affrontements contre le Hamas"assure Dominique Derda, correspondant de France Télévisions au Moyen- Orient.

"En affirmant son autorité et en se présentant comme le défenseur d'Israël face au barrage de roquettes tirées depuis Gaza, il escompte gagner des points auprès d'une population israélienne de plus en plus à droite, dans la perspective d'une nouvelle élection."

Dominique Derda, correspondant de France Télévisions

à franceinfo

L'absence de perspectives des Palestiniens

"Aujourd'hui, la frustration des Palestiniens est d'autant plus forte qu'ils se sentent orphelins de toute représentation politique", remarque Inès Abdel Razek, directrice du plaidoyer pour le Palestine Institute for Public Diplomacy, interrogée par franceinfo.

Après l'annonce du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, vendredi 30 avril, du report des premières élections organisées en quinze ans dans les territoires palestiniens, des centaines de personnes sont descendues dans les rues pour manifester à Ramallah. "Beaucoup de Palestiniens souhaitaient participer à ces élections", signale Jean-Paul Chagnollaud.

"Le gouvernement de Mahmoud Abbas a peur du changement et il est detesté par une grande partie des habitants de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Face à l'absence de représentation, le Hamas y voit une carte à jouer." 

Dominique Derda, correspondant pour France Télévisions

à franceinfo

De plus, le territoire palestinien souffre lourdement de la crise économique provoqué par le Covid-19. Alors que près de la moitié des Israéliens sont vaccinés et que le pays reprend vie en rouvrant ses commerces, la campagne est laborieuse dans les territoires palestiniens, où les doses ont commencé à affluer le 17 mars. "Beaucoup de jeunes Palestiniens ont perdu leur travail et trouvent la situation injuste en voyant la vie en Israël revenir à la normale", observe Inès Abdel Razek.

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