Benyamin Nétanyahou va-t-il rester au pouvoir ? Pourquoi les élections législatives en Israël s'annoncent cruciales

Ce nouveau scrutin tient du référendum en faveur ou non du Premier ministre israélien, qui doit comparaître devant la justice pour des affaires de corruption.

Des affiches électorales du Likoud, le parti de Benyamin Nétanyahou, à Beer-Sheva (Israël), le 15 septembre 2019.
Des affiches électorales du Likoud, le parti de Benyamin Nétanyahou, à Beer-Sheva (Israël), le 15 septembre 2019. (HAZEM BADER / AFP)

En cinq mois, c'est la deuxième fois qu'ils votent pour élire leurs députés. Quelque 6,4 millions d'électeurs israéliens sont appelés aux urnes, mardi 17 septembre, pour des législatives aux airs de référendum en faveur ou non du Premier ministre Benyamin Nétanyahou. S'il est réélu, le chef du gouvernement israélien a promis d'annexer la vallée du Jourdain, une bande de terre fertile qui représente un tiers de la Cisjordanie, ce territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Retour sur les enjeux de ce scrutin.

Parce que Nétanyahou peut perdre 

Dix ans que Benyamin Nétanyahou, surnommé "Bibi" en Israël, est au pouvoir. S'y maintiendra-t-il alors qu'il aura 70 ans en octobre ? Ce scrutin du 17 septembre est d'autant plus crucial qu'il intervient un mois avant la comparution du Premier ministre israélien devant la justice pour des affaires de "corruption", "d'abus de confiance" et de "malversations". Avec son épouse, le Premier ministre de l'Etat hébreu est notamment soupçonné d'avoir reçu pour un million de shekels (environ 250 000 euros) de cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux de la part de richissimes personnalités, en échange de faveurs financières ou personnelles.

Sa manière de contre-attaquer consiste notamment à s'en prendre aux médias et aux journalistes qui le mettent en cause, explique Dominique Derda, le correspondant de France Télévisions au Proche-Orient.

Pour l'heure, le chef de file du Likoud (le parti de droite israélien) n'est pas inculpé, mais une victoire électorale pourrait permettre à ses alliés de voter une immunité. Son principal adversaire, l'ancien général Benny Gantz, insiste d'ailleurs sur la carte de la "probité" pour l'emporter face à Benyamin Nétanyahou.

Parce que le sort de la Cisjordanie est en jeu

A une semaine des législatives, le Premier ministre israélien a abattu sa dernière carte avec cette annonce choc : "Aujourd'hui, j'annonce mon intention d'instaurer la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain." La vallée du Jourdain est une bande de terre fertile qui s'étire du sud du lac de Tibériade au nord de la mer Morte. Cette promesse d'annexion d'un tiers de la Cisjordanie est destinée à remobiliser l'électorat de droite et d'extrême droite, comme l'explique ce sujet de France 2 : 

"C'est un crime de guerre", a réagi le négociateur palestinien Saeb Erekat. "La communauté internationale doit garder la tête haute maintenant pour dire non et arrêter de considérer Israël comme un pays au-dessus des lois." La Turquie, la Jordanie et l'Arabie saoudite ont ainsi mis en garde Israël tandis que l'ONU a jugé que cette annexion "serait dévastatrice pour la possibilité de relancer les négociations, la paix régionale et l'essence même d'une solution à deux Etats".

Les Etats-Unis, eux, n'ont pas encore réagi. "Nétanyahou a fait de ses liens privilégiés avec Donald Trump l'un de ses principaux atouts, le président américain multipliant les offrandes diplomatiques à son 'ami Bibi', comme la reconnaissance de l'annexion du Golan par Israël quelques semaines avant le scrutin d'avril", souligne Libération. Nétanyahou annexerait-il pour autant une partie de la Cisjordanie s'il est réélu ? Certains bons connaisseurs du pays, comme l'ancien correspondant de France 2 Charles Enderlin, sont sceptiques.

Cette proposition s'inscrit dans un contexte de surenchère nationaliste où le camp de la paix semble totalement absent, note la revue The Conversation. Benny Gantz soigne, lui aussi, son image de faucon, et affirme vouloir conserver le contrôle militaire israélien sur la majeure partie de la Cisjordanie occupée.

Parce que des alliances vont devoir être nouées

Ces nouvelles législatives ont été convoquées après que Benyamin Nétanyahou n'a pas été en mesure de trouver une majorité absolue à la Knesset à l'issue des élections d'avril. Au-delà des résultats, c'est le jeu des alliances qui s'annonce donc déterminant. La question n'est pas tant de savoir qui aura le plus de sièges entre le Likoud de Nétanyahou et la formation centriste Kahol Lavan de Benny Gantz mais lequel des deux sera en mesure d'atteindre, avec ses alliés, le nombre de 61 députés, seuil de la majorité au Parlement israélien. En avril, le Likoud et Kahol Lavan avaient obtenu 35 sièges chacun.

Les sondages placent à nouveau les deux principaux partis israéliens au coude-à-coude, d'autant qu'il existe peu de divergences entre les deux camps concernant la lutte régionale contre l'Iran, par exemple, ou la stabilité de l'économie. Benyamin Nétanyahou et Benny Gantz s'opposent surtout sur les alliances pour obtenir la majorité : le premier mise sur un bloc de droite avec ses alliés de partis juifs ultra-orthodoxes ; le second, libéral sur les enjeux de société comme le mariage civil, sur une alliance de partis laïcs – de gauche et arabe. Yisrael Beitenou, la formation ultranationaliste de l'ex-ministre Avigdor Lieberman, pourrait donc se retrouver en position de "faiseur de roi".