VIDEO. "Ce que l'on ressent en conduisant est génial" : comment le droit de conduire a changé la vie d'une femme saoudienne

Les femmes saoudiennes ont le droit de conduire depuis le 24 juin 2018. Auparavant, elles ne pouvaient se déplacer qu'avec des hommes de leur famille ou des chauffeurs privés. 

FRANCEINFO

Nada Hambazaza, 39 ans, se souvient encore avec précision du 24 juin 2018. Ce jour-là, elle a appris qu'elle pourrait enfin, en tant que femme, conduire en Arabie saoudite. "Je ne pouvais pas croire que cela arrivait, avant de le voir à la télévision et partout", se remémore cette mère de trois enfants. "Et même après, je n’en croyais pas mes yeux quand je voyais une femme en train de conduire sur la route !" 

Depuis la levée historique de cette interdiction vieille de plusieurs décennies, la vie de Nada Hambazaza et de nombreuses Saoudiennes a profondément changé. Désormais, "je peux aller où je veux, sans attendre, sans aucun problème ni retard, pour tout ce dont j’ai besoin", se réjouit la trentenaire. "Pour un rendez-vous à l’hôpital, pour aller faire des courses... Pour tout en fait." 

D'après le cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers, jusqu'à trois millions de femmes pourraient obtenir leur permis d'ici à 2020 en Arabie saoudite. 

Des réticences encore fortes

Jusqu'à l'année dernière, Nada Hambazaza ne pouvait se déplacer sans un homme de sa famille ou un chauffeur privé. "Il était très difficile de trouver un bon chauffeur. Et aussi d’être en sécurité avec mes enfants, en ayant une personne que l’on ne connaît pas dans la voiture", explique la Saoudienne.  

Si notre chauffeur tombait malade, je ne pouvais pas aller travailler, et mes enfants ne pouvaient pas aller à l’école. Cela nous arrivait trois à quatre fois par mois. Ce qui était beaucoup trop.

Nada Hambazaza

à franceinfo

"Il y avait les problèmes avec le chauffeur, avec la voiture, mais aussi des problèmes avec mes frères et mon mari", poursuit-elle. "Nous avions un planning différent pour le travail, pour l’école des enfants. C’était un désastre."

Si Nada Hambazaza a profondément gagné en liberté, les réticences au sein de la société saoudienne restent profondes. "Nous avons parfois des problèmes sur la route", regrette cette résidente de Djeddah (Arabie saoudite). "Des femmes vont nous dire : 'Ce n’est pas bien pour une femme de conduire et de se déplacer seule.' Mais ce royaume nous a donné ce droit. Et c’est un bon droit", défend-elle.  

Sans compter le travail qu'il reste à mener pour l'ensemble des droits des femmes en Arabie saoudite. En parallèle de cette réforme, une campagne d'arrestations de militants des droits humains – et particulièrement des droits des femmes – a été menée dans le pays. Nada Hambazaza, elle, souhaite que les femmes divorcées puissent enfin avoir le droit de quitter le pays avec leurs enfants, sans la permission de leurs pères. "C'est notre combat actuel", lance-t-elle. 

Une femme conduit une voiture à Djeddah (Arabie saoudite), le 24 juin 2018. 
Une femme conduit une voiture à Djeddah (Arabie saoudite), le 24 juin 2018.  (YUMIKO KURASHIGE / YOMIURI / AFP)