La ville de Ramadi reprise à Daech, une victoire pour l'armée irakienne

L'armée irakienne a annoncé lundi la "libération" totale de la ville de Ramadi, à 100 kilomètres à l'ouest de Bagdad. Une victoire importante pour les forces irakiennes et la coalition internationale, plus qu'une réelle défaite pour le groupe terroriste Daech, estime Mathieu Guidère, professeur des universités en islamologie.

(Les forces irakiennes en route vers le centre de Ramadi © Maxppp)

C'est le 27 décembre que les derniers combattants du groupe terroriste Daech ont quitté un complexe gouvernemental stratégique de Ramadi, ville située à 100 kilomètres à l'ouest de Bagdad. Ce lundi, l'armée a annoncé la libération totale de la ville, offrant aux forces irakiennes leur plus importante victoire depuis l'offensive des djihadistes en Irak il y a un an.

 

Pour Daech, Ramadi est la porte d'un vaste territoire : la province d'Al-Anbar, qui court jusqu'à la frontière syrienne et lui permet de faire la jonction avec les zones que les djihadistes contrôlent déjà, comme la province de Deir ez-Zor, une tâche immense sur la carte du Proche-Orient. "C'est également une province riche ", explique Mathieu Guidère, professeur des universités en islamologie, puisqu'elle se trouve sur le fleuve de l'Euphrate, "une vallée très fertile et qui donnait à l'EI un certain nombre d'appuis sur le plan logistique et financier ."

Ramadi, symbole de la fragilité confessionnelle de l'Irak

Mais Ramadi symbolise aussi toute la fragilité confessionnelle de l'Irak. C'est de cette ville que sont parties les milices sunnites qui ont permis de vaincre Al-Qaïda après la guerre de 2003. C'est pourquoi Ramadi n'a pas pardonné par la suite le manque de reconnaissance du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki  qui a ostracisé et réprimé les sunnites d'Irak.

Ramadi n'a plus confiance en l'Etat irakien qui n'a pas su la défendre face à l'offensive des djihadistes en mai dernier, explique Mathieu Guidère. C'est pourquoi sa reconquête a pris tant de temps. Car impossible de reprendre la ville à l'aide des milices chiites, comme ce fut le cas pour Tikrit, ce qui avait ouvert la porte aux exactions.

"Sans les bombardements de la coalition internationale, Ramadi n'aurait pas pu être prise "

L'opération de reprise de Ramadi, tombée depuis mai aux mains de Daech, est préparée depuis plusieurs mois avec l'appui essentiel de la coalition internationale. "Cela fait plusieurs semaines que l'armée irakienne a encerclé tous les accès de la ville, aidée par les frappes aériennes de la coalition" , précise Mathieu Guidère. Des bombardements sans lesquels il aurait été "quasiment impossible " de prendre la ville, selon le professeur en islamologie à l'Université de Toulouse-Le Mirail.

 "L'EI maîtrise parfaitement la guérilla urbaine, il met des mines partout, il utilise des kamikazes pour empêcher l'entrée dans les axes de la ville. C'est une organisation qui maîtrise tellement la guérilla urbaine que, sans une destruction massive de ses infrastructures et de ses troupes à l'intérieur, il est quasiment impossible de lui prendre une ville aujourd'hui."

La reprise de Ramadi est "d'abord une victoire pour l'armée irakienne davantage qu'une défaite pour l'EI" (Mathieu Guidère=
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Rien n'est encore acquis

Une victoire importante pour les forces irakiennes, qui restent néanmoins bien fragiles, d'après Mathieu Guidère. Si la donne semble avoir un peu changé sur le terrain, notamment depuis les batailles de Kobané, Sinjar et Tikrit, rien n'est encore gagné contre Daech. "Les bombardements ont commencé en août 2014, ils ont permis de stopper l'avancée de l'Etat islamique. S'il n'y avait pas eu ces bombardements, il est quasiment sûr que l'EI aurait été à Bagdad voir plus loin", explique Mathieu Guidère.

"Depuis le début de l'année 2015, l'objectif a été de résorber le territoire et aujourd'hui on évalue globalement qu'il a perdu entre 10 et 15% du territoire qu'il maîtrisait en juin 2014, ce qui n'est pas énorme en soi mais qui donne de l'espoir d'abord à l'Etat irakien et à tous ceux qui luttent contre lui. Mais l'Etat islamique reste ancré, pour ces mêmes raisons, c'est-à-dire que les bombardements aériens, s'ils permettent à l'armée irakienne d'avancer sur le terrain, font aussi énormément de dégâts et de tués parmi la population civile, et donc cela nourrit également l'insurrection ."