"C’était la seule solution" : les dirigeants de Bridgestone au Japon justifient la fermeture de l'usine de Béthune

Le porte-parole du fabricant de pneus à Tokyo affirme à franceinfo que l'entreprise a étudié toutes les options pour le site situé dans le Pas-de-Calais.

Article rédigé par
Karyn Nishimura, édité par Thomas Destelle - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Devant le siège social de Bridgestone à Tokyo au Japon, le 17 février 2015 (photo d'illustration). (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Au Japon, Bridgestone est un champion industriel aussi connu pour ses accessoires de golf, ses bicyclettes ou balles de tennis que pour ses pneus, sa plus grosse activité. À Tokyo, l’annonce de la fermeture de l’usine française de Béthune (Pas-de-Calais), était une simple brève sur les sites des médias économiques en fin de journée mercredi 16 septembre, au moment où la nouvelle est tombée en raison du décalage horaire. Mais l’information est revenue en boomerang dans le pays jeudi matin avec comme titre la condamnation par les pouvoirs publics français de cette liquidation. 

Le groupe lui-même a dû être surpris, car des fermetures d’usine, il y en a eu d’autres. Contacté par franceinfo, un porte-parole du siège à Tokyo, Fusamaro Ijima répond ouvertement : "C’était la seule solution, nous avons fait plusieurs projections et nous sommes arrivés à cette conclusion."

Nous avons étudié toutes les options, mais avons conclu que c’était impossible.

Fusamaro Ijima, le porte-parole de Bridgestone à Tokyo

à franceinfo

Vu du Japon, fermer le site Bridgestone de Béthune était une obligation. "Nous investissons grandement depuis longtemps dans cette usine, affirme le porte-parole, mais la demande de pneus de petits calibres baisse et pour produire des plus gros modèles c’est trop de contraintes matérielles. Il faudrait presque construire une nouvelle usine car les équipements sont beaucoup plus imposants."

Des employés informés le matin même de l'annonce officielle

Le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand est monté au créneau. Il dénonce une trahison et appelle sur franceinfo à "un bras de fer"  avec le constructeur japonais. De son côté le gouvernement, par la voix de la ministre déléguée à l'industrie Agnès Pannier-Runacher, a annoncé sur France Bleu Nord qu'une réunion pourrait se tenir lundi avec les dirigeants européens du groupe.

Annoncer brutalement une telle décision qui risque d’avoir des conséquences sur autant de familles que de salariés, sans compter celles et ceux qui occupent des emplois indirects, est un rien cavalier, veut bien reconnaître le Fusamaro Iijima. Mais la responsabilité en incombe selon lui à la direction européenne. Les employés n’ont été alertés qu’une demi-heure avant avant l’annonce officielle. "Je pense qu’il y a eu en amont des discussions avec les représentants du personnel, mais il est vrai que nous n’avons informé la majeure partie des employés que le matin même", admet le porte-parole.

Ce calendrier d’annonce a été décidé par notre représentation en Europe en accord avec la direction sur place.

Fusamaro Ijima, le porte-parole de Bridgestone à Tokyo

à franceinfo

Le porte-parole de Bridgestone l’assure : "Nous avons l’intention de tout faire pour aider au reclassement du personnel, dans la mesure du possible." Il cite un redéploiement dans le groupe ou des aides au reclassement, mais cela s’avère plus que difficile pour une entreprise qui n’a pas d’autre usine de pneus dans l’Hexagone. Au Japon, il y a rarement des réactions du gouvernement à ce type de décision d’une entreprise privée. Il y a aussi rarement des licenciements secs, en général on s’arrange pour reclasser, redéployer, ce qui est évidemment compliqué quand on n’a qu’une usine en France.

Le siège au Japon semble cependant avoir compris qu’il allait devoir expliquer sa position, compte tenu de l’ampleur que prend cette annonce brutale en France.

La position des dirigeants de Bridgestone à Tokyo : écoutez le reportage de Karyn Nishimura - 0
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