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Mort de Shinzo Abe : François Hollande "choqué" par les conditions du décès de l'ancien Premier ministre japonais

Pour l'ancien président de la République, "c'est tout à fait sidérant quand un ancien dirigeant qui aspirait sans doute à revenir aux responsabilités de son pays est ainsi abattu, dans un pays qui n'est pas connu pour sa violence, où les armes ne circulent pas."

Article rédigé par franceinfo, Julien Langlet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min
Le président français François Hollande serre la main de l'ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, le 20 mars 2017, au palais de l'Élysée à Paris. (GABRIEL BOUYS / AFP)

Après l'assassinat de Shinzo Abe, François Hollande se dit "choqué" par les conditions du décès de l'ancien Premier ministre japonnais. "Il faut faire tomber ce niveau de violence", estime l'ex-président français qui salue également un homme politique qui était un "symbole".

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franceinfo : Avez-vous été choqué par les conditions de la mort de l'ancien Premier ministre japonnais, Shinzo Abe ?

François Hollande : Oui. Non seulement parce que je le connaissais, il était Premier ministre au moment où j'étais président, mais aussi parce qu'il a été assassiné par un individu dont on ne connaît pas les motivations. C'est tout à fait sidérant quand un ancien dirigeant qui aspirait sans doute à revenir aux responsabilités de son pays est ainsi abattu, dans un pays qui n'est pas connu pour sa violence, où les armes ne circulent pas. C'est dire si nous sommes dans un contexte mondial où les rapports dégénèrent, où pour des raisons, soit de terrorisme, soit liées à la folie humaine ou je ne sais quel règlement de compte, des attaques sont portées sur des personnalités qui jouent un rôle majeur dans leur pays. Shinzo Abe était un symbole. Il était pour une politique où le Japon devait défendre sa propre sécurité, il était très actif encore ces derniers mois par rapport à ce qu'il se passe en Ukraine. 

"Je ne peux être que choqué, choqué par la mort d'un partenaire qui a été un proche de la France."

François Hollande

à franceinfo

Choqué par les conditions de son assassinat, c'est-à-dire un individu qui a abattu avec une arme artisanale un responsable qui était en plein meeting, c'est-à-dire un symbole dans un moment où la démocratie devrait prévaloir et choqué aussi parce que nous sommes dans une période depuis déjà plusieurs années où la violence prend une part de plus en plus importante.

Vous l'avez côtoyé pendant cinq ans, quel type de dirigeant était-il ?

Au Japon, les dirigeants ne se mettent que rarement en avant. Ils ne dévoilent qu'exceptionnellement leur vie privée ou personnelle ou leurs goûts. Shinzo Abe assumait le pouvoir, il avait des modes de communication assez proches de ce que l'on pouvait trouver dans les grandes démocraties, c'est-à-dire en n'hésitant pas à mettre sa famille et son épouse au premier rang, prenant des positions, affrontant des situations difficiles, aussi bien avec la Chine qu'avec la Russie et aspirant à ce que le Japon joue un rôle dans la défense de son territoire. C'est un homme qui était décidé. On pouvait ne pas être d'accord sur tout, il était plutôt libéral. Mais il avait, notamment sur les questions de croissance, des positions assez proches des nôtres et il nous a été utile quand la crise financière continuait à alimenter une récession et une austérité pour faire prévaloir des politiques de croissance. Il était aussi proche de la France parce qu'il aimait sa culture, la gastronomie française. Je crois qu'il aimait la France et la France perd l'un de ses partenaires de ces dernières années, peut-être un dirigeant qui serait revenu au pouvoir dans quelques années.

Vous diriez qu'il a remis en selle le Japon sur la scène internationale ?

Oui, car il a pris la responsabilité du Japon après une longue période d'instabilité, d'alternance mal assumée et de déclin de l'économie du Japon donc il a voulu que le Japon retrouve une autorité dans la région face à la Chine, qu'il y ait une politique économique clairement assumée pour faire repartir la croissance et donner au Japon davantage de parts de marché dans le monde et faire le choix de la technologie. Parallèlement, il a compris que l'économie ne suffisait pas, que la sécurité était majeure mais qu'il fallait y ajouter d'autres éléments, la culture et le rayonnement notamment. Quand il avait reçu le G7, il avait essayé de montrer que le Japon était une grande destination touristique et que la France était une destination particulièrement prisée par les Japonnais. On avait instauré des rapports de confiance et de partenariat. Au niveau économique, Renault-Nissan comptait aussi dans nos rapports personnels.

Vous évoquez ce nouveau symptôme de la violence dans nos sociétés. Est-ce qu'il y a des solutions pour tenter de régler ce problème et est-ce que cela vous inquiète ?

C'est inquiétant parce que nous avons connu des périodes terroristes, la France a été particulièrement exposée. Nous avons connu des périodes de violences politiques et sociales et nous venons de connaître aussi des personnalités politiques qui sont frappées, assassinées ou visées. Il y a encore quelques années, une députée britannique avait été abattue pendant la campagne du Brexit et là il y a un ancien chef de gouvernement qui a été assassiné.

"La violence, elle est là, exacerbée par un certain nombre de facteurs et les réseaux sociaux peuvent jouer ce rôle quand ils sont manipulés, instrumentalisés."

François Hollande

à franceinfo

Il faut faire tomber ce niveau de violence, être extrêmement vigilant par rapport à des individus pas forcément repérés mais qui préparent des attaques, on le voit là encore avec un individu qui tue froidement un responsable politique avec une arme artisanale. Donc il faut être vigilant et aussi agir sur les racines mêmes de cette violence qui trouve sa place dans les démocraties à travers des phénomènes de complotisme, d'extrêmisme et de folie qui sont utilisés par certains.

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