"Si nous ne faisons rien personne ne fera rien à notre place !" : en Italie, les Sardines veulent peser sur les élections régionales

Des élections régionales se tiennent dimanche en Calabre et en Emilie-Romagne, où l'influence électorale du mouvement anti-fasciste des Sardines est incertaine. 

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Radio France
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Un rassemblement des Sardines, mouvement antifasciste, le 19 janvier 2020 à Bologne. (ANDREAS SOLARO / AFP)

Nous sommes à Bologne (Emilie-Romagne), dans l'atelier de couture où sont fabriquées ces sardines qui ont fleuri sur toutes les places d'Italie. Mamadou Kamara est ivoirien et couturier. Il a fondé une association pour l'insertion sociale et professionnelle des demandeurs d'asile, il y a trois ans, avec des Italiens. Et depuis deux mois, depuis que le mouvement des Sardines existe, Mamadou se sent mieux dans sa ville : "Ça a beaucoup changé entre les Bolonais et les Africains. Avant, quand on montait dans un bus, ça faisait un peu peur. Mais maintenant, tout le monde est ensemble."

Dans son atelier, Mamadou travaille avec des Africains, des Iraniens des Kosovars et avec Maddalena Pappini, la présidente bénévole de l'association, qui voit dans le mouvement des Sardines une ouverture aux autres et à une autre politique. "C’est le désir de gens de participer à la politique, mais d’une façon un peu différente, explique Maddalena Pappini, sans la symbolique politique. Et ça, c'est quelque chose d'élégant."

Le mouvement des "6 000 Sardines" a été lancé par des inconnus, en réaction aux percées électorales de l'extrême droite. Depuis deux mois, il multiplie les rassemblements, de Bologne à Modène, de Milan à Rome. Dimanche, des élections régionales se tiennent en Emilie-Romagne et en Calabre. L'influence des Sardines est incertaine sur ce scrutin, dont l'extrême droite de Matteo Salvini a fait un enjeu national. Une victoire de la Ligue en Emilie-Romagne pourrait entraîner la chute du gouvernement formé par la gauche et le Mouvement 5 Étoiles.

Si Maddalena Pappini n'appelle à voter pour personne, les porte-paroles des Sardines sont eux devenus plus offensifs et estiment avoir changé le cours de la campagne électorale. "Le 13 novembre, la veille du premier rendez-vous des Sardines à Bologne, selon moi la région était 'condamnée' et basculait à droite, explique Edoardo Caroli, 26 ans, qui vient de Ravenne. Et c'est grâce aux Sardines que l'on s'est regardés en face. On s'est dit : si nous ne faisons rien personne ne fera rien à notre place ! On ne sent pas représentés mais allons quand même manifester sur les places !"

Maintenant, le plus grand objectif des Sardines c'est qu'il y ait une forte participation aux élections

Edoardo Caroli, 26 ans

à franceinfo

Le 14 novembre, les Sardines étaient 14 000 à Bologne. Dimanche 19 janvier, elles étaient 40 000 à chanter Bella Ciao pour dénoncer le discours "de haine et de division" de Matteo Salvini.

Pour autant, Riccardo Brizzi, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Bologne, ne croit pas à un vote massif des Sardines. "Ce qu'il faut évaluer, c'est le poids électoral du mouvement, qui peut se discuter. Il y a une vieille expression en Italie qui dit que si les places sont pleines, les urnes risquent d’être vides." Et même si les Sardines votent plutôt à gauche, elles n'ont pas toutes la même sensibilité politique.

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