Lutte contre l'antisémitisme : 127 universitaires juifs appellent à s'opposer à une résolution LREM

Cette résolution, sans valeur contraignante, doit être débattue le 3 décembre à l'Assemblée nationale. Elle prévoit notamment d'élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme.

Des personnes juives à la synagogue de Mulhouse (Haut-Rhin), le 28 mars 2018.
Des personnes juives à la synagogue de Mulhouse (Haut-Rhin), le 28 mars 2018. (MAXPPP)

"Cet amalgame est fondamentalement faux." Un collectif de 127 intellectuels juifs appelle l'Assemblée nationale à s'opposer à une proposition de résolution pour lutter contre de "nouvelles formes" d'antisémitisme. Sans valeur contraignante, la résolution a été proposée par le député LREM de Paris Sylvain Maillard et doit être examinée mardi 3 décembre. Le texte suscite de nombreuses critiques, y compris dans la majorité.

Il suggère de reprendre la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (Ihra), validée par plusieurs pays et appuyée par Emmanuel Macron en février devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Le président de la République avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme.

Une définition "hautement problématique"

Dans une tribune publiée dans Le Monde (lien réservé aux abonnés), le collectif d'intellectuels estime que la résolution "assimile (…) l'antisionisme à l'antisémitisme". Or "pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux", affirme le collectif. "De nombreuses victimes de l'Holocauste étaient antisionistes (…) Environ 20% de la population d'Israël sont des citoyens palestiniens, dont la plupart sont musulmans ou chrétiens. La désignation choisie occulte et nie leur existence", rappelle-t-il.

Pour les Palestiniens, le sionisme représente la dépossession, le déplacement, l'occupation et les inégalités structurelles. (...) Ils s'opposent au sionisme non par haine des juifs, mais parce qu'ils vivent le sionisme comme un mouvement politique oppressif.Un collectif de 127 intellectuels juifsdans "Le Monde"

La deuxième raison est que la définition de l'antisémitisme de l'Ihra elle-même serait "hautement problématique", "peu claire et imprécise". Elle est en outre "déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l'Etat d'Israël, notamment les organisations de défense des droits humains", estime le collectif.

"Nous ne pouvons pas considérer cela comme indépendant de l'agenda politique principal du gouvernement israélien visant à enraciner son occupation et son annexion de la Palestine", écrivent les signataires, qui s'inquiètent que "ces efforts du gouvernement israélien trouvent un soutien politique, jusqu'en France".

Une résolution signée par une centaine de députés

Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), Frédéric Potier, rétorque dans le quotidien que "la définition [de l'Ihra] n'interdit pas la critique de la politique de l'Etat d'Israël" mais constitue "un instrument supplémentaire permettant de mieux décrypter la haine à l'encontre des juifs". 

La proposition de résolution, qui sera examinée en début de soirée mardi au Palais Bourbon, a été cosignée par une centaine de députés de divers bords, dont environ 80 LREM seulement.