"Je ne sais plus pour qui voter" : le désarroi des électeurs du Likoud après la dissolution du Parlement israélien

Une partie des électeurs historiques de Benyamin Nétanyahou est décontenancée par l'organisation de nouvelles élections législatives, après l'échec du Premier ministre à former une coalition.

Benyamin Nétanyahou lors d\'une visite du marché de Mahané Yehuda, le 8 avril 2019.
Benyamin Nétanyahou lors d'une visite du marché de Mahané Yehuda, le 8 avril 2019. (THOMAS COEX / AFP)

Des électeurs surpris et parfois déboussolés : c'est la conséquence, jeudi 30 mai, de  la dissolution du Parlement israélien, mercredi. Près de deux mois après les élections législatives, les députés de la Knesset ont pris cette décision parce que Benyamin Nétanyahou a échoué à former une coalition. Le Premier ministre préfère renvoyer les électeurs aux urnes plutôt que de laisser un autre élu tenter sa chance. Celui qui en est à son cinquième mandat de Premier ministre en sort sérieusement fragilisé car les électeurs de son parti, le Likoud, sont stupéfaits et parfois dubitatifs. 

Entre confiance et agacement

Sur le marché de Mahané Yehuda, haut-lieu du commerce mais également bastion des électeurs du parti de Nétanyahou, la nouvelle de la dissolution du Parlement a produit un choc. Les Israéliens doivent se préparer à revoter mais pour Shemtov Shitrit, personne ne peut remplacer "Bibi". "Le Likoud va monter jusqu'à 50% !", prédit-il avec une confiance absolue en Benyamin Nétanyahou, qui est "le seul" d'après lui. "Montrez-moi un autre candidat ! Il n' y a personne d'autre. Seulement Nétanyahou."

Mais l'usure du pouvoir du Premier ministre se ressent aussi dans allées du marché. "J'ai toujours voté Nétanyahou parce qu'on sait qu'il est parmi les meilleurs mais quand quelqu'un est élu, il oublie tous les autres ! Il se fiche de tout le monde et ne s'intéresse qu'à lui", s'agace Maurice Biton, un électeur historique du Likoud passé mercredi soir dans le camp des déçus. "Maintenant, je ne sais plus pour quoi ou qui voter..." 

La stratégie de la victime a ses limites 

Benyamin Nétanyahou prend le risque d'user son système politique avec ses campagnes à répétition. Pendant longtemps, le Premier ministre a soudé autour de lui en se positionnant contre les autres. Ainsi, en avril dernier, il s'en est pris aux arabes israéliens et à la gauche, accusés de comploter pour tenter de déloger la droite. "Ça fait tellement longtemps que cette dynamique fonctionne avec Nétanyahou", confirme Dahlia Scheindlin, politologue. "Il se trouve en grande difficulté, il échoue, transgresse les normes légales de la société et ses électeurs en face disent : 'mais c'est une conspiration contre lui ! Il faut le soutenir !'."

Cependant, ce ressort pourrait s'user et la stratégie de la victime ne plus fonctionner, prévient Dahlia Scheindlin. "Cette dynamique a forcément une fin naturelle quelque part." La nouvelle élection qui se profile sera donc un vrai test sur la capacité du Premier ministre à renouveler ses sources de mobilisation ou sur l'abnégation d'un éléctorat qui lui passe tout, au nom du talent politique. En avril dernier, il avait fait campagne seul, en contournant les médias traditionnels et en siphonnant les voix des partis d'extrême droite.