Nucléaire: quand l'Iran était fréquentable

Alors que les négociations sur le nucléaire iranien sont dans la dernière ligne droite, il convient de rappeler un temps où l'Iran n'était pas dans l'axe du mal. Le shah bénéficiant du cours élevé du pétrole passait commande à tour de bras de centrales nucléaires. L'Allemagne et la France se frottaient les mains.

Le shah d\'Iran et le président Giscard d\'Estaing visitent le centre d\'études nucléaires de Saclay, le 25 juin 1974.
Le shah d'Iran et le président Giscard d'Estaing visitent le centre d'études nucléaires de Saclay, le 25 juin 1974. (STF/AFP)

C’est un gros contrat que le shah d’Iran signe lors de sa visite en France en 1974. Il achète cinq centrales nucléaires et l’Iran participe à hauteur de 10% à la construction de l’usine de retraitement des déchets nucléaires.
La France giscardienne n’est pas trop regardante lorsqu’il s’agit de conclure des affaires avec un pays enrichi par le choc pétrolier. Téhéran a de l’argent et dépense sans compter. Le contrat s’élève à 6 milliards de francs pour le nucléaire. La facture monte à 20 milliards avec la construction du métro de Téhéran, l’achat de Concorde, etc.
 
L’attraction du shah pour le nucléaire remonte à loin. En 1961 déjà, la République lui faisait visiter en grande pompe le centre de Saclay, haut lieu du commissariat à l’énergie atomique. Selon France Info, le haut commissaire Françis Perrin est fier d’offrir à l’Iran la possibilité pour les futurs chercheurs iraniens d’y venir «s’instruire dans les sciences neuves».
 
Et la France croit (ou feint de croire) que le shah se limitera aux usages civils du nucléaire. Pourtant, le monarque ne cache pas son exaspération d’être interdit d’arme atomique par la communauté internationale : «Pourquoi le simple principe de défendre ses intérêts devient un problème?», s’indigne t-il à la télé française, rapporte France Info.
 
En 1974, le shah d'Iran signe un contrat pour cinq centrales, raconte Gérard Holtz au journal d'Antenne 2

Le shah n’achète pas qu’à la France. Il commande deux réacteurs à la firme allemande Siemens sur le site de Bushehr, têtes de série d'un ambitieux programme nucléaire de 20 réacteurs clefs en main.
 
Mais les centrales nucléaires ne verront jamais le jour. La révolution iranienne mettra un coup d’arrêt au programme et créera le fameux contentieux Eurodif. Une dette d’un milliard de dollars de la France à l’Iran.

Finalement, l’Iran fera construire par les Russes la centrale de Bushehr dont les travaux ont été commencés en 1974 par les Allemands. Achevée en 2010, elle ne sera jamais couplée au réseau, mais c'est en partie là que l'Iran travaille sur le nucléaire, accuse la communauté internationale.