Menaces US contre des sites culturels iraniens : pourquoi Téhéran parle de "crimes de guerre" ?

Alors que Donald Trump menace d'attaquer 52 sites iraniens, dont des cibles culturelles, Téhéran affirme qu'il s'agirait de "crimes de guerre".

Le ministre iranien des Affaires étrangères a mis en garde Donald Trump, après que le président américain a menacé de frapper \"52 sites\" iraniens, dont des lieux historiques. \"Viser des sites culturels est un crime de guerre\", a notamment écrit Mohammad Javad Zarif (ci-contre le 29 octobre 2019 à Genève) lundi 5 janvier sur son compte Twitter.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a mis en garde Donald Trump, après que le président américain a menacé de frapper "52 sites" iraniens, dont des lieux historiques. "Viser des sites culturels est un crime de guerre", a notamment écrit Mohammad Javad Zarif (ci-contre le 29 octobre 2019 à Genève) lundi 5 janvier sur son compte Twitter. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Le cycle des menaces est enclenché entre Américains et Iraniens depuis la mort du général Soleimani tué par un drone US en Irak. Téhéran a promis de riposter aux Etats-Unis au "bon endroit et au bon moment". Donald Trump a alors menacé de frapper 52 sites iraniens, parmi lesquels des lieux culturels. Ce qui a fait réagir l'Iran, dénonçant par avance des "crimes de guerre". Franceinfo vous explique pourquoi l'Iran utilise ce terme.  

Parce qu'un tel crime a déjà été reconnu par la justice  

En 2016, la Cour pénale internationale de la Haye a condamné un jihadiste malien qui avait détruit plusieurs mausolées à Tombouctou en 2012. Certains des monuments étaient classés par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité. Dans un procès historique, la cour a considéré pour la première fois la destruction du patrimoine culturel comme un "crime de guerre". Le coupable a écopé de neuf ans de prison. La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et deux autres organisations maliennes avaient déposé plainte en 2015.  

Jusqu'à ce procès, les dommages aux biens culturels n'étaient pas qualifiés de crimes de guerre, mais la Convention de la Haye en 1954 avait débouché sur la signature d'un traité international destiné à protéger les biens culturels en cas de conflit armé. La convention avait été adoptée à la suite des terribles destructions de patrimoine de la Seconde Guerre mondiale.     

Parce que l'ONU a adopté une résolution en 2017

Reste que depuis dix ans, d'autres destructions de sites culturels ont marqué les esprits. En dehors des attaques de Tombouctou au Mali, il y a eu la destruction par les Talibans des Bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan en 2001, la destruction par Daech de nombreuses pièces de la cité romaine antique de Palmyre sur le territoire syrien en 2015.  

C'est ce qui a poussé le conseil de sécurité de l'ONU à se prononcer en 2017. L'instance onusienne a ainsi voté à l'unanimité la résolution 2347 qui appelle à protéger le patrimoine dans toutes les zones de conflit, sans limitation géographique et pour tous types de menaces confondus (destruction, vol et pillage, trafic). Le texte souligne aussi qu'attaquer des sites du patrimoine culturel ou religieux "peut constituer, dans certaines circonstances et conformément au droit international un crime de guerre" ; et les "auteurs de telles attaques doivent être poursuivis en justice".

Si Donald Trump décidait réellement de cibler des sites de la culture iranienne, Téhéran pourrait craindre de voir attaqués plusieurs lieux prestigieux classés au patrimoine mondial de l’humanité, parmi lesquels le anciennes cités de Persépolis ou de Bam.