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Iran : le Guide Ali Khamenei, orchestrateur électoral en démocratie théocratique

Les électeurs iraniens sont appelés aux urnes pour renouveler les 290 sièges du Parlement et les 88 religieux de l’Assemblée des experts. Un double scrutin déjà grevé en amont par l’invalidation massive de candidatures modérées. Des élections cruciales taillées sur mesure pour garantir la pérennité du système et assurer la succession du Guide suprême, Ali Khamenei, à ce poste depuis 27 ans.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Le Guide suprême, Ali Khamenei, après son vote pour la double élection du Parlement et l’Assemblée des experts, qui a le pouvoir de le nommer ou le démettre. ( REUTERS/leader.ir/Handout)
A 76 ans et la santé déclinante, depuis qu’il a été opéré d’un cancer de la prostate en septembre 2014, le Guide suprême, Ali Khamenei, se préoccupe surtout de sa succession et de la préservation du système de gouvernance de «velayat-e-faqih» ou le «gouvernement du docte».

Mot d'ordre du Guide, «empêcher l'infiltration de l'ennemi» américain 
A la faveur du double vote du 26 février 2016, pour renouveler le Parlement et l’Assemblée des experts chargée d’élire ou de démettre le Guide de la République islamique, il a donné des consignes qui ne laissent aucun doute sur la ligne qu’il souhaite laisser en héritage.
 
Concernant le parlement, «la Nation élira un Majlis qui met au-dessus de tout la dignité et l’indépendance de l’Iran et qui résiste aux puissances étrangères et à leur influence» a-t-il indiqué.
 
Principal but du successeur de Khomeini, empêcher «l’infiltration de l’ennemi» en Iran par le biais des élections et prévenir «le complot américain. Une réalité, même si certains se plaignent que j’en parle tout le temps», a-t-il précisé.
 
Pour ce qui est de l’Assemblée des experts, «son élection est très importante, a-t-il dit, elle sélectionnera le Guide suprême quand cela sera nécessaire. C’est pourquoi l’ennemi est très sensible à cette Assemblée».

Le Conseil des gardiens fait place nette pour un vote conservateur 
Message bien reçu par le Conseil  des gardiens de la constitution, composé de douze religieux et juristes , nommés par le Guide et l’autorité judiciaire pour huit ans et chargés d’entériner les candidatures aux deux scrutins.
 
En place jusqu’en 2024, les membres de cette institution incontournable ont écarté 5.600 candidats, essentiellement des réformateurs, sur les 12.000 se présentant aux législatives et 640 sur les 800 candidats à l’Assemblée des experts, faisant ainsi place nette pour des votes favorables aux conservateurs.

Les institutions politiques en Iran, à la veille du double scrutin du 26 février 2016 (Kun TIAN, Colin HENRY / AFP)
 
Une orchestration sur mesure qui a contraint le front réformateur, emmené par l’actuel président Hassan Rohani et soutenu par les deux anciens présidents Mohammed Khatami et Akbar Hachémi Rafsandjani, à réagir avec pragmatisme.  

Le courant réformateur veut barrer la route à «l'extrémisme» 
Ce courant, attaché à des réformes économiques et sociales et aux revendications de libertés et d’ouverture, réussit malgré tout à présenter sa «liste de l’espoir» partout dans le pays, avec nombre de candidats inconnus et parfois un panachage de réformateurs et de conservateurs pragmatiques.
 
Objectif : rentabiliser les acquis de l’accord sur le nucléaire et le second souffle que ceux-ci doivent apporter à une économie affaiblie par les sanctions internationales, la baisse du prix du pétrole et un chômage estimé officiellement à 11% et officieusement à 30.
 
Même si les ténors des réformateurs ont appelé leurs partisans à voter massivement pour  barrer la route à «l’extrémisme», une inconnue demeure. Celle de la participation des jeunes et des femmes qui avaient porté Rohani à la présidence en 2013 et qui se disent aujourd’hui déçus du rohanisme.
 
Face à eux les principaux partis conservateurs présentent une liste unique pour éviter l’éparpillement des voix. Leur slogan, «Mort à l’Amérique !», le même depuis 1979. Leur souci, garder la haute main sur les secteurs de l’économie, construction, grands travaux ou télécommunications, qu’ils contrôlent depuis le départ des sociétés étrangères.

«Une farce électorale» pour l'opposition iranienne en exil 
Plus sceptique sur tout le processus, Mariam Radjavi, la présidente du Conseil national de la Résistance iranienne (opposition en exil en France), renvoie les protagonistes dos à dos.
 
Pour elle, il s’agit d’ «une farce électorale qui n’aura pas de gagnant au sein du régime car tout le régime est perdant». Quant au président Rohani, elle estime que «sa réaction à la purge électorale montre qu’il ne peut ni ne veut changer le régime».

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