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"Ils ont été kidnappés pour être exécutés" : questions à l'historien Jean-Pierre Filiu

Pour l'historien arabisant Jean-Pierre Filiu, ces exécutions d'otages, trois en un mois, sont programmées par les terroristes pour choquer et sidérer leurs ennemis. Il appelle à une coalition internationale qui ne mettrait pas en oeuvre qu'une riposte militaire et fait part de sa conviction que l'Etat islamique a déjà planifié des attentats en Occident.
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Radio France
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  (Un drapeau de l'Etat islamique près de Kirkouk, fin août, lors de combats avec les Kurdes © REUTERS/Ako Rasheed)

- Qu'espère l'Etat islamique à travers ces exécutions diffusées ?

"C'était tout à fait prévisible. Ces malheureux otages anglo-saxons, Américains ou Britanniques, ont été kidnappés pour être exécutés. Et c'est en attendant le moment opportun du point de vue de l'organisation terroriste qu'ils étaient conservé en vie, souvent d'ailleurs très maltraités ", analyse l'historien arabisant Jean-Pierre Filiu ce dimanche sur l'antenne de France Info. Passant au crible la stratégie de la terreur mise en place par l'Etat islamique, il estime que l'organisation tente de "sidérer " l'Occident, "c'est à dire à suspendre notre pensée, que nous ne raisonnions plus, que nous soyons prisonniers d'émotions  légitimes et que du coup ils nous amènent là où ils veulent. Et jusqu'à présent, ils ont toujours eu deux ou trois coups d'avance ".

- Quelle réponse doivent apporter l'Occident et les pays mobilisés contre le terrorisme ?

"Il serait temps qu'une coalition se constitue, qu'au cours de la journée de lundi à Paris se dégage une véritable stratégie à long terme qui implique certes le militaire mais aussi l'humanitaire, le culturel, le diplomatique pour une réponse globale à une menace globale ", appelle Jean-Pierre Filiu. Le chef de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, "vise une stratégie complexe et c'est pourquoi, il faudrait que face à lui, les Etats aient une stratégie complexe, qui ne soit pas que militaire ", ajoute-t-il.

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Pour cela, insiste l'historien, il est capital que des pays arabes, et tout particulièrement l'Arabie Saoudite, prennent part à la coalition : "trop longtemps on a voulu faire de la lutte contre le terrorisme moyen-oriental une affaire d'Occidentaux. Cette organisation, qui porte improprement le nom d'Etat islamique, tue surtout des musulmans dans des pays musulmans. Donc il est essentiel que ce qui est une menace pour l'ensemble de la communauté internationale ne soit pas l'apanage des seuls Occidentaux et je regrette très vivement que les Russes n'aient pas encore compris qu'il était de leur intérêt immédiat de se joindre à cette coalition car le djihadisme peut les frapper, comme il peut frapper l'Europe ".

- Que risque-t-on ?

"Je suis désolé de jouer les prophètes de malheur ", prévient Jean-Pierre Filiu, mais "il faut savoir que si l'organisation terroriste en question n'est pas neutralisée dans les meilleurs délais avec force et détermination, elle fera des attentats en Europe, qu'elle présentera comme des représailles aux bombardements en Irak et éventuellement en Syrie. Il ne faut pas renverser la charge de la preuve entre les terroristes et nous ". Et pour lui, l'intervention est nécessaire : "l'organisation a déjà programmé des attentats en Europe et c'est pour éviter que ces attentats ne soient pas trop sanglants et trop importants qu'il faut intervenir. Et ne pas intervenir ne nous protégerait d'aucun attentat en Europe ".

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Retrouvez l'interview complète de l'historien Jean-Pierre Filiu, au micro de Jules Lavie.
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