Grèce : quand l'ex-ministre des Finances concevait un "système bancaire parallèle"

Selon une conversation avec des responsables de fonds spéculatifs, révélée par des médias grecs, Yanis Varoufakis avait l'intention de pirater le logiciel de l'administration fiscale.

L\'ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, le 27 juin 2015 à Bruxelles (Belgique). 
L'ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, le 27 juin 2015 à Bruxelles (Belgique).  (JOHN THYS / AFP)

C'est un "plan B" qui fait polémique. L'ex-ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, qui a quitté le gouvernement début juillet, est toujours aussi présent sur la scène médiatique. Une vive controverse a éclaté, lundi 27 juillet, après des révélations de la presse lui imputant la préparation d'un système bancaire parallèle pendant son mandat.

L'ancien trublion du gouvernement d'Alexis Tsipras, qui avait déjà reconnu avoir été partisan d'une ligne dure vis-à-vis des créanciers et d'un "plan B" pour faire peur aux Européens, a expliqué au cours d'une téléconférence, le 16 juillet, avec des responsables de fonds spéculatifs, qu'il avait l'intention de mettre en place "un système bancaire parallèle" en piratant le logiciel de l'administration fiscale grecque, ont affirmé, dimanche, deux quotidiens grecs.

L'opposition réclame une enquête

Au sein du parti de gauche au pouvoir, Syriza, dont Yanis Varoufakis reste député, la gêne était perceptible lundi. "Le plan Varoufakis n'a jamais été discuté, cela rappelle un bon roman", a indiqué sur plusieurs médias le ministre adjoint grec des Finances Dimitris Mardas, reconnaissant, si les faits étaient confirmés, qu'une "question de légalité" pouvait se poser.

Les partis grecs d'opposition la Nouvelle Démocratie (ND, droite), le Pasok (socialiste) et To Potami (centre gauche) ont appelé le gouvernement d'Alexis Tsipras à enquêter sur ces révélations. Il s'agit d'un "important problème politique, économique et moral qui doit faire l'objet d'une enquête", selon la ND.

A l'occasion de cette téléconférence, en partie retranscrite par le quotidien Kathimerini, Yanis Varoufakis explique que l'idée était de "créer clandestinement des comptes secrets reliés au numéro fiscal de chaque contribuable" grec, pour que, le moment venu, les contribuables puissent utiliser "cette espèce ce mécanisme parallèle de paiement vis-à-vis des gens à qui ils doivent de l'argent ou pour payer leurs impôts à l'Etat".

Des propos "complètement déformés", selon Varoufakis 

"Cela aurait créé un système bancaire parallèle au moment où les banques étaient fermées à cause de l'action agressive de la Banque centrale européenne (BCE) visant à nous étrangler", a ajouté l'ex-ministre, selon cette retranscription.

Dans un entretien avec le journal britannique Telegraph (en anglais), Yanis Varoufakis confirme globalement la teneur de son intervention dans le cadre d'un rendez-vous organisé par le Forum officiel des institutions financières et monétaires. Mais il accuse les médias grecs d'avoir "complètement déformé ses propos" en voulant le faire passer pour "un escroc", alors qu'il cherchait une solution de remplacement face au manque de liquidités entraîné par la politique de la BCE à l'égard de la Grèce. Il affirme aussi qu'il était "complètement contre le démantèlement de l'euro".