Trente ans après Tchernobyl, les liquidateurs s'enfoncent dans la précarité

Célébrés comme des héros à l'occasion du 30e anniversaire de la catastrophe, ceux qui sont intervenus sur le site du drame dans les jours qui ont suivi l'explosion du réacteur numéro 4 dénoncent leurs conditions de vie.

Le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl (Ukraine), endommagé par une explosion le 26 avril 1986, photographié 30 ans plus tard, le 22 avril 2016. 
Le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl (Ukraine), endommagé par une explosion le 26 avril 1986, photographié 30 ans plus tard, le 22 avril 2016.  (GLEB GARANICH / REUTERS)

L'Ukraine célèbre le trentième anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. A cette occasion, le pays rend notamment hommage aux liquidateurs, ces civils ou militaires (estimés entre 500 et 800 000) acheminés de toute l'Union soviétique pour nettoyer le site de la centrale.

Une cérémonie a été célébrée dans la matinée dans une église de Kiev bâtie à la mémoire des victimes, tandis qu'une autre s'est déroulée à Slavoutitch, ville construite à 50 km de Tchernobyl pour reloger les riverains. 

EVN

La catastrophe la plus grave de l'histoire du nucléaire civil a contraint des dizaines de milliers d'habitants à fuir après l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale, le 26 avril 1986. Mais au-delà des médailles et des cérémonies, les liquidateurs évoquent leurs difficultés depuis la catastrophe. Francetv info a rassemblé leurs témoignages. 

Des pensions d'invalidités menacées 

"Pour certains, acheter des médicaments coûte la moitié de leur pension." Anatoliy Koliadine est un ancien électricien, cité par Europe 1. Il est intervenu sur la centrale endommagée dans les heures qui ont suivi l'explosion, avant de passer trois ans à œuvrer à la sécurisation du site. Désormais, l'homme de 67 ans souffre de la thyroïde, des artères, mais aussi des yeux, explique la radio. Sa pension, allouée par l'Etat ukrainien, s'élève à 70 euros par mois. 

S'ils bénéficient d'une maigre rente et si certains ont obtenu un logement de fonction après la catastrophe, les conditions de vie des liquidateurs sont difficiles, expliquent-ils. En 2011, le gouvernement ukrainien a annoncé la réduction du montant de leurs pensions. Manifestations, grève de la faim... Un mouvement de contestation est né, avant de se terminer dans le sang : à Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, un liquidateur a été tué lors de heurts avec les forces de l'ordre. 

En Biélorussie aussi, les pensions des 72 000 liquidateurs du pays ont été revues à la baisse, dès la fin des années 2000, explique La Croix. Selon le quotidien, l'Etat a mis en avant "le coût exorbitant de la gestion de l’accident". La Douma, la chambre des députés russe, envisage elle aussi de réduire ces fonds, indiquent les liquidateurs russes.

La précarité financière s'ajoute aux problèmes de santé

"Nombre d’entre eux n’ont jamais pu fonder de famille", explique Le Journal de l'environnement, dans un article consacré à ses "héros oubliés". "Fiancés et belles-familles craignent les conséquences futures d’une contamination souvent fantasmée", poursuit-il, décrivant une population précarisée mais aussi ostracisée, y compris sur le marché de l'emploi.

"Nous sommes invalides mais jeunes et nous avons envie de travailler", raconte Serguei, un liquidateur rencontré par La Croix près de Toula, au sud de Moscou, où vivent de nombreux liquidateurs russes. "Mais dès qu'un employeur sait que nous sommes liquidateurs, c'est fini pour nous. Ils ne veulent pas d'un gars à l'hôpital tous les mois." Selon le quotidien, il souffre de pertes de mémoire et de problèmes sanguins.

Pour résumer l'abandon des pouvoirs publics dont il estime faire l'objet, un autre liquidateur ironise : "A chacun ses mensonges, on vous a dit que le nuage s'était arrêté à la frontière, on nous a dit que nous étions des héros", a-t-il déclaré à La Croix. "La seule différence, c'est que nous avons vraiment sauvé l'Union soviétique de l'époque, peut-être aussi l'Europe. Et que nous mourons tous à petit feu dans l'indifférence."