Séismes en Italie : "Les dernières secousses sont dans la même séquence qu'Amatrice"

Le centre de l'Italie peut s'attendre à de nouvelles secousses dans les mois qui viennent, selon Lucilla Benedetti, paléosismologue spécialiste de la région.

A Visso (centre de l\'Italie), les secousses sismiques du 26 octobre ont fait quelques dégâts matériels. 
A Visso (centre de l'Italie), les secousses sismiques du 26 octobre ont fait quelques dégâts matériels.  (TIZIANA FABI / AFP)
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Propos recueillis parFabien MagnenouFrance Télévisions

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Scènes de panique sous une pluie diluvienne, façades éventrées... Deux mois après le séisme meurtrier d'Amatrice, le sol a de nouveau tremblé en Italie, mercredi 26 octobre. Au lendemain de ces deux secousses de magnitude 5,5 et 6,1, la protection civile tente d'évaluer les dégâts matériels dans les zones concernées, notamment autour des communes d'Ussita et de Visso. 

Explications de ce nouvel événement sismique avec Lucilla Benedetti, paléosismologue du Centre de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement (Cerege), basé à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Franceinfo : Y a-t-il un lien entre ce nouvel épisode sismique et le séisme qui a ravagé la ville d'Amatrice, cet été ?

Lucilla Benedetti : Les deux chocs enregistrés hier font suite aux séismes du mois d'août, qui ont notamment dévasté Amatrice. C'est la suite de la séquence. Dans cette région, il existe des failles peu longues – une dizaine de kilomètres – et peu espacées entre elles, connectées dans un système. Nous pensons qu'elles sont en train de rompre les unes après les autres. Le gros choc de cet été a relâché l'énergie accumulée sur cette portion située plus au nord. Le même phénomène avait été observé au nord de L'Aquila, quelques mois après le tremblement de terre de 2009.

Est-il possible de prévoir, ou du moins d'anticiper, les zones concernées par de telles répliques ?

C'est très compliqué. Est-ce qu'un séisme va charger une portion plus au nord, à côté ? Au sud d'Amatrice, le système de failles parallèles a déjà rompu lors d'un séisme, en 1879. Nous pensons donc qu'il ne peut pas être "rejoué". Pour tenter d'en savoir davantage, nous dressons des cartes des répliques. A Amatrice, par exemple, les ondes de choc se sont propagées jusqu'à la surface, où elles ont exhumé 25 centimètres de roche. Cette rupture continue de dix kilomètres avait permis de cartographier une portion en direction du nord-est.

Faut-il s'attendre encore à des secousses ?

Cela fait presque dix ans que le Cerege et des chercheurs italiens cartographient les failles actives. Je vais bientôt retourner sur le terrain, pour voir si cette portion de failles a rompu. Est-ce que ça continuera plus au nord ou à l'est ? Difficile à savoir. Il y aura sans doute encore des répliques pendant plusieurs mois.

Depuis L'Aquila en 2009, la zone concernée par les destructions semble se concentrer sur un rayon assez réduit... Les pouvoirs publics ont-ils pris la mesure du problème ?

A L'Aquila, les choses ont été un peu compliquées. Mais à Amatrice, les écoles sont déjà en train de rouvrir. Il y a le projet de reconstruire la ville différemment, avec l'idée de pouvoir résister dans le futur. Je pense qu'il y a une vraie prise de conscience sur les nouvelles constructions, sur la nécessité de faire les choses correctement. L'école d'Amatrice, par exemple, s'est effondrée à moitié. Seule la partie "rétrofitée", mise aux normes sismiques, a tenu. Pourquoi ne pas avoir mis aux normes l'intégralité du bâtiment ? Dans cette région, il y a beaucoup de très belles églises. Ce patrimoine est détruit petit à petit. Il faut vraiment investir dans ces territoires.

L\'église de Borgo Sant\'Antonio, près de Visso (Italie), a été endommagée par les séismes du 26 octobre 2016. 
L'église de Borgo Sant'Antonio, près de Visso (Italie), a été endommagée par les séismes du 26 octobre 2016.  (TIZIANA FABI / AFP)

Vous êtes paléosismologue. L'Italie est-elle confrontée à un épisode sismique inédit ?

L'accumulation des tremblements de terre crée des formes dans le paysage, que je sais reconnaître. Ces failles peuvent rompre à l'avenir, car elles l'ont déjà fait il y a 10 000 ou 20 000 ans. J'ai observé des séquences d'intense activité sismique, pendant une centaine d'années, durant lesquelles les failles rompent les unes après les autres. Puis, plus rien pendant longtemps. Depuis cinquante ans, j'observe des saccades sismiques dans le système de failles entre le nord de L'Aquila et Norcia. Nous essayons de les modéliser. Elles sont localisées dans cette zone pour le moment, mais bien d'autres endroits en Italie sont exposés à des risques sismiques.