En Écosse, le Brexit et la crise sanitaire ravivent la tentation indépendantiste

Selon plusieurs sondages, les Écossais sont de plus en plus nombreux à vouloir l'indépendance. La gestion de la crise du Covid-19, mais aussi le Brexit, semblent avoir converti une partie de la population à l'indépendantisme.

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Radio France
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Le Parlement écossais, à Édimbourg. Le drapeau du Royaume-Uni, à gauche, flotte un peu plus bas que les drapeaux européen et écossais. (RICHARD PLACE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

La tentation indépendantiste n’est pas nouvelle en Écosse. Il y a six ans, le 18 septembre 2014, le "non" l’emportait avec 55% des suffrages. Mais ces derniers temps, avec le Brexit, la donne a visiblement changé. Les indépendantistes ont repris du poil de la bête. Plusieurs sondages leur donnent une victoire assez nette si un nouveau référendum devait se tenir aujourd’hui. De quoi faire resurgir l’idée d’un vote. 

Devant le Parlement écossais, un bâtiment massif en béton dans le centre d'Edimbourg, trois drapeaux flottent au vent frais de ce début du mois d’octobre : les couleurs de l’Europe, de l’Écosse et du Royaume-Uni. Ce dernier est en-dessous des deux autres. Serait-ce volontaire de la part de la majorité actuelle ? "Pas que je sache… Je vais peut-être poser la question au secrétaire du Parlement", répond Fulton McGregor, député du SNP, le Parti national écossais. Évidemment, cette question il ne la posera pas, il est plutôt amusé par cette histoire de drapeaux.

Fulton McGregor, député du Parti national écossais, à Edimbourg. Octobre 2020 (RICHARD PLACE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Lui, comme son parti, plaide en faveur de l’indépendance. Un souhait porté par les récents sondages. Le camp du "oui" atteint même les 54% dans certaines enquêtes. Il faut dire que ces derniers temps le SNP s’est découvert un allié inattendu : le Premier ministre britannique. "Boris Johnson a sans doute été un bon argument en faveur de l’indépendance, je ne peux pas le nier, ajoute Fulton McGregor. Son attitude et sa gestion bordélique des crises actuelles nous a fait gagner quelques soutiens !" 

Les négociations sur le Brexit et la gestion du Covid inquiètent 

Londres a beaucoup changé d’avis dans sa façon de lutter contre la pandémie de Covid-19. Dans le même temps, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a beaucoup communiqué sur ses décisions et a semblé plus sérieuse, plus carrée, avec des résultats similaires mais une attitude plus rassurante. Il faut aussi prendre en compte les négociations sur le Brexit qui ne vont nulle part et qui inquiètent : Boris Johnson claironne qu’il pourrait tout à fait violer le droit international.

Car le Brexit a changé la donne, selon certains militants nationalistes et pro-Europe. Michael Gray, jeune avocat, rappelle que l’Écosse avait nettement voté contre le Brexit, à 62%. Aujourd’hui, il réclame un nouveau référendum sur l’indépendance : "C’est vu comme une décision principalement anglaise et le vote de l’Écosse pour rester dans l’Europe a été ignoré. Tout comme notre demande de rester dans le marché unique, dans l’union douanière ou même de participer aux négociations actuelles." Mais pour organiser un référendum, il faut l’aval du Parlement britannique, et justifier ce vote, six ans seulement après le précédent, serait compliqué. 

Quand on ne vous écoute pas, parfois, il faut prendre ses responsabilités.

Michael Gray, partisan de l'indépendance de l'Ecosse

à franceinfo

Dans le camp des anti-indépendantistes, on s'inquiète de la perspective d'un nouveau référendum sur la question. "Ils ne se rendent pas compte de ce que nous coûterait l’indépendance. Cela ajouterait du chaos au chaos, assure Alex Cole Hamilton, député libéral démocrate. Nous avons un déficit en Écosse qui s’élève à 8% du PIB. Pour entrer dans l’Europe, il faut maximum 3%. Ils ne nous accepteraient pas avant des années. Il faudrait augmenter les impôts et réduire les dépenses pour que ça arrive." 

La politologue écossaise Kirsty Hughes. Octobre 2020 à Edimbourg (RICHARD PLACE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

L’année prochaine, au mois de mai, de nouvelles élections auront lieu au Parlement écossais. Le Parti national espère bien renforcer sa majorité et pousser ensuite cette idée d’un référendum. Le scrutin sera inévitable, d’après la politologue Kirsty Hughes : "Vous ne pouvez pas toujours dire non. Au Royaume-Uni, les gens ont compris que l’Écosse est un pays, pas juste une région. Si au bout du compte, vous avez 60% des gens, voire plus, qui expriment leur envie d’indépendance, en particulier les jeunes, vous ne pouvez pas les ignorer éternellement."

Les indépendantistes sont déjà prêts à faire campagne et ils ont déjà leur chanson, Hope over fear, interprétée par Gerry Cinnamon qui porte donc les espoirs d’indépendance de l’Ecosse. Mais il reste beaucoup de travail devant eux, notamment pour rassembler des gens aussi différents que les militants de gauche pro-européens et les nationalistes purs et durs.

Les indépendantistes écossais recommencent à y croire : écoutez le reportage de Richard Place
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