VRAI OU FAKE Migrants à la frontière gréco-turque : attention aux images sur les réseaux sociaux

Depuis l'annonce par la Turquie de l'ouverture de ses frontières avec l'Europe fin février, de nombreuses images détournées ou carrément fausses circulent sur les réseaux sociaux.

Images diffusées sur les réseaux sociaux censées illustrer la situation à la frontière gréco-turque.
Images diffusées sur les réseaux sociaux censées illustrer la situation à la frontière gréco-turque. (CAPTURES D'ECRAN TWITTER)

Depuis le 27 février, des dizaines de milliers de migrants attendent à la frontière gréco-turque. Ils espèrent gagner l'Europe depuis que Recep Teyyip Erdogan a annoncé qu'il ouvrait ses frontières. Le président turc entend faire pression sur l'Europe afin de la pousser à le soutenir en Syrie. Cet afflux de personnes provoque de nombreux messages sur les réseaux sociaux, qui s'accompagnent parfois de fausses informations. La cellule Vrai du Faux de franceinfo vous explique pourquoi il faut prendre les images qui circulent avec précaution.

Une vidéo d'enfants qui pleurent

Parmi les images largement partagées, il y a cette vidéo d'enfants qui pleurent à la frontière gréco-turque. Elle est mise en avant à la fois par des comptes pro-grecs et des comptes pro-turcs et totalise à chaque fois plusieurs milliers de vues. Pour les premiers, "les migrants font exprès de faire pleurer les enfants pour les amener ensuite devant les caméras". Pour les seconds, "les enfants suffoquent à cause de gaz lacrymogènes lancés par les forces de sécurité grecques". Pour démêler le vrai du faux, franceinfo a contacté son auteure qui confirme que la vidéo est authentique. 

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Türkiye - Greece Border Greece soldiers are using tear gas to immegrants baby!!!!!!

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Elif Kurleyen, photographe indépendante turque, poste cette vidéo sur son compte Instagram le lundi 2 mars. Dans la légende, elle indique qu'elle l'a prise à Pazarkule, dans le district d'Edirne, l'un des principaux points de passage terrestres entre la Turquie et la Grèce, coté turc. Elle se remémore les conditions dans lesquelles elle a tourné ces images : "Les soldats grecs tiraient des bombes de gaz lacrymogènes pour éloigner les réfugiés concentrés à la frontière. Les personnes qui attendaient, y compris moi, ont été très touchées par les gaz. Les enfants n'arrêtaient pas de tousser et leurs yeux les brûlaient. Pendant que je filmais, une famille s'est approchée en courant pour se mettre à l'abri. La petite fille avait du mal à respirer. Alors on lui a tapé dans le dos et on l'a penchée au-dessus d'un feu de camp pour réduire la sensation de brûlure dans ses yeux. J'ai fait la même chose pour que mes yeux arrêtent de piquer."

Une photo d'agriculteurs grecs

Une autre image virale montre des dizaines de tracteurs coiffés d'un drapeau grec qui bloquent une route. Elle est relayée par des comptes de la mouvance d'extrême droite opposés à la venue de migrants en Europe, mouvance selon laquelle les agriculteurs se mobilisent afin de défendre la frontière de leur pays.

Cette photo est sortie de son contexte. franceinfo a pu retrouver son auteur, le photographe grec indépendant Giannis Papanikos. Elle a été prise le 2 février 2017 lors d'une manifestation d'agriculteurs grecs à la frontière gréco-macédonnienne. Giannis Papanikos se dit "très attristé" de voir sa photo ainsi trafiquée.

Une image d'un migrant blessé

Autre photo détournée au profit de la communication pro-turque cette fois, celle d'un migrant au visage ensanglanté fuyant avec un enfant dans les bras. Elle se rencontre de nombreuses fois sous le hashtag #IStandWithGreece ou #Greece_Turkey_Borders. Sauf qu'elle ne représente pas des personnes fuyant "les attaques grecques" comme le suggèrent les comptes qui la relayent, mais "un homme et son enfant courant sous le jet de gaz lacrymogène par les Hongrois". Cette photo a été prise pour le New York Times en septembre 2015.

Comparaison entre la photo originale du New York Times et son détournement cinq ans plus tard
Comparaison entre la photo originale du New York Times et son détournement cinq ans plus tard (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)