Incendie dans un camp de migrants en Grèce : "Lesbos, c'est la honte de l'Europe"

Le président de France Fraternités Pierre Henry dénonce sur franceinfo l'absence d'une politique commune de l'Europe, après le gigantesque incendie qui a ravagé le camp de réfugiés Moria, sur l'île de Lesbos mercredi 9 septembre.

Des migrants fuient le camp de réfugiés de Moria, ravagé par un gigantesque accident, sur l\'île de Lesbos, le 9 septembre 2020.
Des migrants fuient le camp de réfugiés de Moria, ravagé par un gigantesque accident, sur l'île de Lesbos, le 9 septembre 2020. (SOCRATES BALTAGIANNIS / DPA / MAXPPP)

"Lesbos, c'est la honte de l'Europe", a lancé mercredi 9 septembre sur franceinfo Pierre Henry, le président de l'association France Fraternités, alors que des milliers de migrants se retrouvent mercredi sans abri sur l'île de Lesbos après l'énorme incendie qui a ravagé mercredi matin Moria, le plus grand et sordide camp de réfugiés de Grèce, où un autre feu s'est déclaré en soirée.

"On ne comprend pas ce qui se passe actuellement à Lesbos si on ne se remémore pas la situation qui prévaut sur cette île depuis 2015", explique Pierre Henry. "Sur le million de réfugiés syriens et afghans qui sont arrivés en Grèce, près de la moitié sont d'abord arrivés sur l'île de Lesbos, sur des bateaux de fortune affrétés par des mafia, sous l'œil bienveillant de monsieur Erdogan". L'île de Lesbos, 100 000 habitants, se trouve "à quinze kilomètres du rivage turc", fait remarquer le président de France Fraternités.

Monsieur Erdogan joue avec les nerfs, d'abord des réfugiés et puis évidemment de la Grèce et de l'Europe qui n'ont pas de politique commune.Pierre Henryà franceinfo

L'ancien directeur général de France Terre d'asile s'est rendu en 2016 et 2018 à Lesbos. Il témoigne de "l'effroi devant l'exode, les regards fatigués, le destin incertain d'enfants et de vieillards. Et c'est devenu l'effroi devant les conditions abominables de retenue des gens dans le camp de Moria" qui est prévu pour 3 000 personnes et qui en accueille aujourd'hui "13 000, 14 000, 15 000".

Des difficultés qui "révèlent une Europe à la carte" 

Pierre Henry pose la question "de l'absence d'une politique commune européenne". "L'Union européenne a forcé la main à la Grèce pour qu'elle retienne les réfugiés. Donc, on arrive à cette situation-là qui reflète les difficultés de mise en œuvre d'un droit d'asile européen harmonisé, qui révèle une Europe à la carte lorsqu'il s'agit de parler de solidarité et qui montre qu'il y a pas de consensus sur cette question."

Le président de France Fraternités reconnaît que la France va "prendre sa part dans la relocalisation des réfugiés. Près de 200 d'entre eux arriveront dans les dix jours qui viennent dans un accueil qui est organisé par l'Office de l'immigration et de l'intégration. Mais il faut faire plus."

Il faut travailler avec l'Allemagne, avec l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, avec ceux qui sont volontaires. Sinon, l'Europe sera en panne une fois de plus.Pierre Henryà franceinfo

Pierre Henry plaide donc pour "une coalition humanitaire pour une réponse immédiate. C'est bien le moins que l'on puisse faire." Mais au-delà, il estime qu'il faut "dessiner une politique européenne. Sinon, dans ce domaine comme dans d'autres, ce sera un échec durement senti par les opinions publiques."