Crise migratoire en Biélorussie : de nombreux Kurdes d'Irak espèrent encore gagner l'Europe pour fuir une "lutte de tous les jours"

Alors qu'un avion a décollé de Minsk, ce jeudi, pour renvoyer à Bagdad plusieurs centaines d'Irakiens bloqués à la frontière entre Pologne et Biélorussie, certains s'apprêtent à tenter le chemin inverse. Un trafic juteux pour les voyagistes et intermédiaires.

Article rédigé par
Lucille Wassermann - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Dans les rues d'Erbil, au kurdistan irakien, en octobre 2021. (JAWDAT AHMED / MAXPPP)

Dans une usine au nord de l'Irak à Erbil au Kurdistan irakien, Sheko Ahmed Raheem enchaîne les allers-retours, de larges sacs remplis de grains sur les épaules. Son front dégouline de sueur. Ce jeune Kurde de 22 ans travaille ici pour une petite centaine d'euros par mois alors quand il a vu une route s'ouvrir vers l'Europe, il n'a pas hésité une seconde : "Notre vie n'est pas heureuse ici vous savez, on est beaucoup à vouloir fuir cette lutte de tous les jours."

"Je veux partir parce qu'ici c'est mieux de mourir. Quand on vit, on lutte c'est tout, et c'est sans fin."

Sheko Ahmed Raheem, Kurde irakien de 22 ans

à franceinfo

Sheko nous emmène chez lui, en périphérie d'Erbil, où ses affaires sont déjà prêtes. Elles tiennent toutes dans un petit sac à dos rouge. "Ce pull est très chaud, c'est super pour le voyage, explique le jeune homme. Sinon j'ai des chaussettes, un chargeur." Et puis surtout, son visa pour la Biélorussie qu'il a obtenu il y a quelques jours via un intermédiaire trouvé sur un groupe Telegram, l'application de messagerie instantanée cryptée. Il sort son téléphone portable puis explique : "Voilà, c'est ça les groupes d'entraide, tu demandes tout ce que tu veux ici, tu envoies ta question et quelqu'un va directement te contacter en messages privés. Moi, on m'a dit que ce mec était fiable, qu'il pouvait m'avoir le visa en Iran ou ailleurs."

Des voyagistes vendent des "forfaits" 

L'Irak a affrété, jeudi 18 novembre, un premier vol pour rapatrier ses ressortissants récemment arrivés en Biélorussie, sur la base du volontariat. 431 personnes sont ainsi attendues à l'aéroport de Bagdad, en fin d'après-midi. C'est très peu, comparé aux milliers d'Irakiens qui sont toujours bloqués à la frontière avec la Pologne et ne perdent pas espoir de passer en Europe. Très peu, également, comparé à ceux qui à l'image de Sheko Ahmed Raheem tentent toujours de partir depuis l'Irak.

Des intermédiaires mais aussi des voyagistes profitent financièrement de la crise. L'un d'eux a accepté de nous rencontrer dans un café, sous couvert d'anonymat, pour nous expliquer le fonctionnement de ce nouveau marché : "On vend ce qu'on appelle un 'package', un forfait. Il y a deux mois c'était environ 2 500 dollars pour le visa, le vol et l'hôtel, maintenant c'est environ 4 000 dollars, avec une garantie d'arrivée là bas. Si le client n'arrive à pas Minsk, on ne reçoit pas l'argent." Un trafic juteux, qui leur rapporte 1 000 dollars par client. Les affaires ont légèrement baissé depuis que la Turquie a annoncé interdire les vols pour Minsk aux Irakiens, Syriens et Yéménites. Mais d'autres routes se dessinent, dit ce voyagiste, persuadé que seul l’abandon des visas par la Biélorussie pourra mettre fin à cette crise.

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