Contrôle des migrants dans les centres d'accueil : le Secours catholique refuse "ce tri entre les pauvres"

Laurent Giovannoni, responsable de l'accueil des migrants au Secours catholique, a exprimé, lundi sur franceinfo, son inquiétude alors que le gouvernement prépare une grande loi sur l'immigration. 

Des migrants arrivent dans la structure d\'accueil de Saint-Denis-de-Cabanne (Loire), le 7 novembre 2016.
Des migrants arrivent dans la structure d'accueil de Saint-Denis-de-Cabanne (Loire), le 7 novembre 2016. (MAXPPP)
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"Les gens auront peur de venir dans ces établissements, car il y aura un risque de se faire interpeller", a expliqué Laurent Giovannoni, lundi 18 décembre sur franceinfo. Le responsable du département de l'accueil des migrants au Secours catholique a manifesté son inquiétude alors que plusieurs circulaires sur l'immigration et l'asile publiées récemment font craindre, selon les associations, un sérieux tour de vis. Dans leur collimateur notamment : le renforcement du contrôle des étrangers dans les centres d'hébergement d'urgence. En cette Journée internationale des migrants, plusieurs associations de lutte contre l'exclusion ont saisi le Défenseur des droits, Jacques Toubon.

franceinfo : Le gouvernement prépare une grande loi sur l'immigration pour le printemps prochain. Selon le JDD, l'objectif est d'expulser davantage de migrants déboutés du droit d'asile ou encore d'allonger la durée légale de rétention dans les centres de rétention administrative. Êtes-vous inquiets ?

Laurent Giovannoni : Ce qui est extrêmement étonnant et ce qui nous inquiète profondément, c'est que pour la première fois sur un sujet aussi important, il n'y a strictement aucune concertation sur l'ensemble du projet de loi. C'est aussi le cas sur les circulaires qui sont mises en œuvre. Quand on découvre le fond, on est effectivement inquiets sur ce qui va se passer dans quelque temps.

Une circulaire incite les préfectures à renforcer le contrôle des étrangers dans les centres d'hébergement d'urgence. Pour vous, c'est une ligne rouge à ne pas franchir ?

C'est une ligne rouge qui a déjà été franchie, puisque la circulaire a été publiée le 12 décembre malgré les protestations des associations. C'est une disposition totalement inédite. Pour la première fois, la police va intervenir dans les centres d'hébergement d'urgence, c’est-à-dire les lieux où sont accueillies pour leurs besoins vitaux les personnes les plus précaires. Cette circulaire tend à provoquer l'intervention de la police pour faire le tri entre les personnes précaires, entre pauvres.

Pour vous les services de l'Etat n'ont pas à entrer dans ces lieux ?

Les gens auront peur de venir dans ces établissements, car il y aura un risque de se faire interpeller. Le résultat sera exactement l'inverse de ce qui a été annoncé par Emmanuel Macron pendant sa campagne, qui est : plus personne à la rue. Cette mesure va provoquer, au contraire, la remise à la rue de milliers de familles. Nous disons et redisons que nous refusons, par principe, ce tri entre les pauvres.