Migrants : l'"Aquarius" à la recherche d'un port "appelle l'ensemble des pays européens à prendre leurs responsabilités"

Les 141 migrants repêchés en mer vendredi par le bateau humanitaire attendent toujours de pouvoir être débarqués en lieu sûr. Mais pour l'heure, l'"Aquarius" n'a reçu aucune réponse favorable. "Une impasse inadmissible" dénonce lundi la présidente de SOS Méditerranée.

Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, le 17 juin 2018 à Valence, en Espagne.
Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, le 17 juin 2018 à Valence, en Espagne. (JOSE JORDAN / AFP)

Le navire Aquarius affrété par SOS Méditerranée, qui a secouru, vendredi 10 août, 141 personnes au large des côtes libyennes, est à la recherche d'un port où débarquer. Le bateau humanitaire fait route vers l'Europe, sans avoir reçu confirmation d'un lieu sûr où accoster. "On appelle l'ensemble des pays européens à prendre leurs responsabilités", a déclaré lundi 13 août sur franceinfo Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée.

franceinfo : Comment vont les personnes que vous avez secourues ?

Sophie Beau : Elles sont dans un état stable mais préoccupant, parce que ce sont des personnes très fragiles qu'on a récupérées dans un état d'épuisement, de fatigue, de déshydratation. Elles sont passées par les camps en Libye et ont subi des sévices. Elles sont en sécurité à l'intérieur de l'Aquarius. Le navire est actuellement dans les eaux internationales au large de Malte et de l'île de Lampedusa, en attente de la désignation d'un port sûr conformément au droit maritime international.

L'Aquarius ne verra jamais un port italien, a déclaré le ministre de l'Intérieur italien. Aucun pays européen ne veut vous accueillir ?

Pour l'instant, nous avons fait ces deux sauvetages sous la coordination des garde-côtes libyens et c'est normalement à eux de trouver ce port sûr. Ils nous ont confirmé, à deux reprises et par écrit, qu'ils ne pouvaient en aucun cas présenter eux-mêmes un port sûr et qu'il fallait que nous nous adressions à un autre centre de coordination des secours. Nous nous sommes donc adressés aux deux centres des pays les plus proches qui sont Malte et l'Italie. Pour l'instant, nous avons un refus de prendre cette responsabilité. Officiel de la part de Malte et pas encore officiel de la part de l'Italie.

Au moment du sauvetage, le port le plus proche se trouvait en Libye. Pourquoi ne pas avoir débarqué les migrants dans ce pays ?

Conformément au droit maritime international, un port sûr est un port dans lequel les personnes peuvent obtenir une protection, ce qui n'est absolument pas le cas en Libye dans la situation actuelle. Les autorités maritimes libyennes qui ont coordonné ce sauvetage ont reconnu elles-mêmes qu'elles ne pouvaient pas nous offrir un port sûr et qu'il fallait qu'on s'adresse à d'autres centres de coordination des secours.

En juin, l'Espagne avait accueilli l'Aquarius. Comptez-vous encore sur ce pays ?

On appelle surtout l'ensemble des pays européens à prendre leurs responsabilités, puisqu'il y a eu un conseil européen sur ces questions fin juin et il était question de mettre en place des plateformes de débarquement. Pour l'instant, on ne voit rien venir. Il est vraiment urgent, à l'heure actuelle, de mettre en place ce mécanisme. Ce n'est pas seulement un pays comme l'Espagne qui peut régler le problème seul. On attend une réponse, quelle qu'elle soit, mais au plus proche de la zone de secours. Ce n'est pas l'Aquarius qui décide du port de destination. Là, on est vraiment face à une espèce d'impasse face à la prise de responsabilités, ce qui est complètement inadmissible de la part des États.