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Ukraine : pourquoi tout pourrait se jouer à Donetsk

Dans la grande ville industrielle de l'est de l'Ukraine, des activistes réclament le rattachement à la Russie. 

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France Télévisions
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Des activites pro-Russes se rassemblent dans un bâtiment officiel, à Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, dimanche 6 avril 2014.  (ROMAIN CARRE / NURPHOTO/ AFP)

L'Ukraine fait face à une menace de sécession. Lundi 7 avril, des activistes ont proclamé une "république souveraine" à Donetsk, dans l'est russophone. Ils réclament leur rattachement à la Russie, tandis que le gouvernement pro-européen de Kiev dénonce un plan pour "démembrer" le pays. 

Francetv info liste les raisons pour lesquelles cette région est un enjeu capital dans la la crise ukrainienne.

Parce qu'elle est proche de la Russie 

Cette proximité est autant géographique que culturelle. Forte d'une population qui frôle le million d'habitants (et qui compte 1 840 000 âmes dans toute l'agglomération), la ville de Donetsk est considérée comme la capitale du Donbass, la grande région industrielle de l'est de l'Ukraine. Cette dernière inclut les provinces de Donetsk et de Louhansk. Selon l'Association des régions frontalières européennes (ARFE), cette "eurorégion" inclut aussi la province de Rostov (article en anglais), en Russie.  

Majoritairement russophone et bastion de l'ancien président destitué, Viktor Ianoukovitch, la région de Donetsk a été le théâtre de manifestations pro-Russes quasi-quotidiennes depuis la révolution de la place Maïdan, à Kiev. Comme du temps de la Révolution orange, en 2004. 

Parce que la région pèse lourd dans l'économie ukrainienne

"En termes économiques, la production du Donbass représente 50% du charbon, 45% de la métallurgie, 30% de l'énergie thermique produits en Ukraine, ainsi que 20% des services d'ingénierie", indique la revue Regard sur l'Est. Un quart des exportations totales du pays sont produites dans l'oblast [région] de Donetsk." 

En 2010, la région contribuait au PIB de l'Ukraine a hauteur de 12%. Mais incapable de se moderniser, ces industries (en particulier l'industrie minière) ont souffert ces dernières années, explique Businessweek.com (article en anglais). Lorsque les habitants acceptent de s'exprimer face aux micros des journalistes, souvent de manière anonyme, ils déclarent, résignés, être davantage préoccupés par la situation économique dans la région que par son éventuel rapprochement avec sa voisine russe. 

L'Ukraine, qui se débat dans une profonde crise économique, ne peut se séparer de ce bassin industriel. Les perspectives se sont encore assombries avec l'augmentation-sanction de 80% du prix des livraisons de gaz russe, annoncée la semaine dernière. Or, c'est justement les subventions sur le gaz, décidées par l'ancien président Ianoukovitch, qui ont permis à la sidérurgie de survivre, explique Olena Konstan­tinova, responsable du département de traduction de l’université de Donetsk, cité par Le Temps. Kiev a rejeté cette "pression politique", faisant craindre une nouvelle guerre du gaz qui pourrait menacer les approvisionnements de toute l'Europe.

Parce que les pro-Russes reproduisent le scénario joué en Crimée

Les activistes pro-Russes, qualifiés de "séparatistes" par les autorités de Kiev, sont passés à la vitesse supérieure : dimanche, ils ont envahi des bâtiments officiels à Donetsk et à Kharkiv, remplaçant les drapeaux ukrainiens par des drapeaux russes, avant de quitter les lieux, à la suite de négociations.

Face à cette situation, le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, s'est exprimé à la télévision. Il a accusé Moscou d'avoir commencé une "seconde phase de démantèlement de l'Ukraine, après l'annexion de la Crimée, le 21 mars." A l'époque, les images des chaînes de télévision montraient déjà des hommes, parfois masqués ou cagoulés, prendre possession de bâtiments officiels, notamment militaires. Le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a quant à lui accusé la Russie de mettre en œuvre "un plan pour démembrer l'Ukraine", notant que les personnes engagées dans les troubles ont des "accents russes." 

Des images de la chaîne ukrainienne Kanal 5 ont par ailleurs montré un orateur demandant l'envoi de "forces d'interposition" russes, faisant craindre un scénario similaire à la Crimée. Or, pour le  nouveau gouverneur de la région de Donetsk, l'oligarque Serhiy Taruta, interrogé à la mi-mars par Euronews, ces demandes de référendum et de rattachement participent d'"une rhétorique pour déstabiliser la situation dans notre région." "Nous ne sommes pas en Crimée", a-t-il précisé. "Ici, les gens veulent plus de pouvoir, ils veulent un pouvoir décentralisé", fait-il valoir, sans croire au scénario d'une intervention militaire, qui "entraînerait un conflit à long terme (...) Je pense qu’il s’agit plutôt d’une sorte de joute psychologique pour provoquer les gens."

Parce qu'une intervention pousserait les Occidentaux à agir

La crise ukrainienne a mis les Européens et les Américains dans l'embarras, tant pour décider d'une position commune que pour lancer une série de sanctions. Mais les Occidentaux menacent Moscou de nouvelles sanctions en cas d'atteinte répétée à l'intégrité territoriale de l'Ukraine. D'autant que, dans l'éventualité où des violences éclateraient, le président russe, Vladimir Poutine, s'est engagé à défendre "par tous les moyens" les populations russophones des républiques de l'ex-URSS. Il a indiqué avoir massé jusqu'à 40 000 soldats aux frontières de l'Ukraine.

Ainsi, le gouvernement allemand a expliqué, lundi, qu'il suivrait avec "beaucoup d'inquiétude" les événements, et le président tchèque, Milos Zeman, a estimé dimanche que si des troupes russes pénétraient en Ukraine, l'Otan devrait intervenir militairement.

Cependant, un sondage réalisé en mars par le Republican Institute, financé par le gouvernement américain, indique que 24% des Ukrainiens de l'est sont favorables à une intervention militaire russe pour soutenir les russophones ukrainiens, rapporte Le Monde. 

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