Ukraine : la Russie et les États-Unis "sont condamnés à s'entendre" sinon "c’est la guerre", selon un spécialiste

Maître de conférences à l’Inalco, Bruno Drweski ne croit pas à une offensive russe contrairement à ce qu'affirment les Américains. Selon lui, l'Ukraine sert juste de moyen de pression pour empêcher un élargissement de l'Otan dont Vladimir Poutine ne veut pas.

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Radio France
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L'Ukraine au coeur de tensions entre Moscou et Washington. (GOOGLE MAPS)

Le chef de la diplomatie américaine a appelé mercredi 19 janvier Vladimir Poutine à choisir la "voie pacifique" dans la crise ukrainienne, à deux jours d'un face-à-face diplomatique russo-américain. La Russie a déployé ces dernières semaines des dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne, laissant craindre une invasion. Tout en niant tout projet d'attaque, le Kremlin martèle qu'une désescalade passe par des garanties pour sa sécurité, en particulier l'engagement à ne jamais élargir l'Otan, en particulier à l'Ukraine. 

Bruno Drweski, maître de conférences à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), spécialiste de l’Europe orientale explique sur franceinfo que "les deux puissances sont condamnées à s'entendre" sur ce dossier sinon "c’est la guerre". Les États-Unis affirment qu’une attaque russe sur l'Ukraine est possible à tout moment, mais qu’ils continuent de chercher "une solution diplomatique". Bruno Drweski ne croit pas à une offensive russe. "Je ne pense pas que la Russie ait, en ce moment, vraiment intérêt à prendre le contrôle de l'Ukraine vu la situation économique de l'Ukraine", analyse-t-il. L'idée pour la Russie est des faire "pression pour avoir des négociations globales", selon lui.

>> Ukraine : au cœur des tranchées à la frontière avec la Russie

franceinfo : Est-ce qu’une attaque russe est possible à tout moment ?

Bruno Drweski : Non, je ne pense pas parce que sinon, elle aurait eu lieu il y a longtemps. Je ne pense pas que la Russie ait, en ce moment, vraiment intérêt à prendre le contrôle de l'Ukraine vu la situation économique de l'Ukraine. Je pense en revanche que la Russie fait pression pour avoir des négociations globales, l'Ukraine n'étant qu'un élément dans le jeu international.

"Évidemment, pour la Russie, une présence américaine ou une présence de l'Otan en Ukraine est inacceptable parce que cela signifierait que Moscou est à quatre minutes de bombes."

Bruno Drweski, maître de conférences à l’Inalco

à franceinfo

Pour les Russes, il s'agit de rétablir un équilibre entre la Russie, les États-Unis et l'Otan. L'Ukraine n'est qu'un terrain d'exercice, parmi d'autres, un des premiers terrains d'exercice entre les deux superpuissances.

À qui Poutine adresse-t-il ce message ?

Il l'adresse aux États-Unis considérant que l'Otan n'est qu'un instrument des États-Unis. Ce qui explique évidemment pourquoi il a décidé de négocier directement avec Washington. Ce qui peut évidemment fâcher les Européens, qui aimeraient être de la partie. Mais pour le moment, Poutine vise très certainement les États-Unis pour essayer d'obtenir un accord global sur beaucoup de questions, en particulier, évidemment, sur la question de l'élargissement de l'Otan qu’il n'accepte pas.

Le tête-à-tête prévu vendredi entre Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, est déjà une victoire pour Moscou ?

Une victoire pour Moscou, mais plus largement une victoire pour le bon sens parce que de toute façon les deux puissances sont condamnées à s'entendre. Si elles ne s'entendent pas, c'est la guerre, pas seulement en Ukraine, cela peut être la guerre mondiale. Or, j'ose espérer qu'aucun des deux protagonistes ne souhaite une guerre nucléaire. La Russie demande un traité bannissant tout élargissement de l'Otan, en particulier à l'Ukraine et à la Géorgie et que les Américains et leurs alliés renoncent à organiser des manœuvres des déploiements militaires en Europe de l'Est.

La Russie peut-elle obtenir gain de cause ?

Ils ont placé la barre très haut en Ukraine et déclaré qu'après tout, ils pourraient aussi placer des troupes russes à Cuba pour rappeler que l'on peut aussi se rapprocher des frontières des États-Unis. C'est évidemment la preuve d'un langage de fermeté extrême dans le but de créer un rapport de force qui aboutisse grosso modo à un compromis comparable à celui qu'on avait eu dans les années 1960, lors de la crise de Cuba.

Quel jeu peut jouer l’Europe ?

Pour le moment, les Européens sont effectivement assez largement absents. Vladimir Poutine, à plusieurs reprises, a manifesté sa condescendance à l'égard des Européens qui, selon lui, ne prennent pas assez d'indépendance. Ils souhaitent sans doute que l’Europe devienne à long terme un autre partenaire. Mais pour le moment, il laisse entendre que les Européens devraient montrer une politique plus indépendante, plus autonome par rapport à Washington.

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