Témoignages Guerre en Ukraine : à Marioupol, les destins croisés de ces habitants qui restent "jusqu'à la fin" et ceux qui partent "pour une nouvelle vie"

Kiev a promis de défendre "jusqu'au bout" le port stratégique de Marioupol dans le sud-est où l'armée russe encercle les militaires ukrainiens. franceinfo a pu rencontrer des habitants qui ont fait des choix opposés, mais avec un même espoir.

Article rédigé par
Camille Magnard et Laurent Macchietti, Omar Ouahmane et Gilles Gallinaro, édité par Xavier Allain - franceinfo
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Temps de lecture : 4 min.
Un immeuble résidentiel à Marioupol, dans l'est de l'Ukraine, le 15 avril 2022. (LEON KLEIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Que reste-t-il de Marioupol, après plus de 50 jours de guerre en Ukraine ? Dimanche 17 avril, Moscou a demandé aux derniers combattants ukrainiens, retranchés dans le complexe métallurgique Azovstal de cesser le feu et d'évacuer les lieux. Réplique de Kiev, par la voix de Volodymyr Zelensky : il accuse la Russie de vouloir "détruire" toute la région orientale du Donbass et promet que tout serait fait pour la défendre, à commencer par le port stratégique de Marioupol, sur la mer d'Azov, où les militaires encerclés sont appelés à combattre "jusqu'au bout".

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Au milieu des belligérants, c'est une catastrophe humanitaire qui se joue : d'après le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial David Beasley, plus de 100 000 civils sont au bord de la famine à Marioupol, manquant également de chauffage. 

Des civils marchent dans le centre dévasté de Marioupol, le 12 avril 2022. (ALEXANDER NEMENOV / AFP)

Malgré tout, certains restent dans les ruines de la ville, comme Sergueï, 32 ans. Il n'a pas voulu laisser derrière lui ses parents très âgés. Il vit aujourd'hui dans un abri souterrain dans l'ouest de la ville, totalement dévastée : "Les immeubles sont détruits ou éventrés. Il y a aussi de nombreuses maisons calcinées. Actuellement, il y a des corps dans la rue que les secouristes ramassent avant de les enterrer. Certains sont là depuis longtemps. Ils sont recouverts d'une couverture. Il y en a qui ont été extraits des immeubles bombardés et alignés dans la rue", décrit cet homme, commercial en temps de paix.

"Ce que je peux dire, c'est que mon quartier est à l'image de toute la ville : en ruines."

Sergueï

à franceinfo

Sergueï évoque une ville presque entièrement sous le contrôle des forces russes, qui distribuent l'aide alimentaire aux civils et tente d'établir de nouveaux pouvoirs locaux. "Pour l'instant, la situation n'est pas claire. La nouvelle équipe chargée de gérer la ville n'a pas encore été mise en place, mais les Russes ont déjà choisi celui qui sera à la tête de la nouvelle administration de Marioupol. Sa tâche sera d'installer de nouvelles autorités."

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"Je pense que les derniers combattants ukrainiens doivent se rendre"

En attendant, même si les derniers combats se déroulent près du port de Marioupol, la ville reste dangereuse. "J'en ai assez de vivre au milieu des balles et des explosions. Parfois, il nous arrivait de passer trois jours sans sortir de l'abri. Pour moi, le plus important, c'est de vivre de nouveau dans le calme, de retrouver une vie normale."

Les derniers combattants ukrainiens ont ignoré l'ultimatum de la Russie qui leur demandait de déposer les armes. Ce que réclame également Sergueï. "Je pense qu'ils doivent se rendre, car je suis vraiment fatigué de tout ça, de devoir risquer ma vie ou d'être blessé quand je sors chercher de l'eau à cause des bombardements ou des balles qui sifflent", désespère-t-il, soufflant que "Marioupol est perdue". 

Un soldat russe en opération dans les ruines du théâtre de Marioupol, en Ukraine, le 12 avril 2022 (Photo prise durant un déplacement organisé par l'armée russe). (ALEXANDER NEMENOV / AFP)

C'est le même état d'esprit qui anime Olga (un nom d'emprunt) qui, elle, a décidé de partir de la ville assiégée. Réfugiée à Zaporijia, avec son mari et son petit garçon, elle raconte au micro de franceinfo son histoire, à peine sortie de la voiture d'un ami, le soir-même de son départ de Marioupol, et avant de poursuivre son exode vers Kiev. Elle nous raconte les semaines passées coupée du monde, sans eau, gaz ni électricité, d’abord dans le sous-sol de son immeuble, puis dans une maison un peu à l’extérieur de la ville assiégée. "Les derniers jours, nous étions dans un village, un territoire sous contrôle des pro-russes, c’était plus calme, mais c’est de là que partaient les missiles russes qui ont détruit l’immeuble où nous vivions dans Marioupol", explique-t-elle.

Les explosions, les tirs, les bombardements incessants: ce sont les éléments qui reviennent le plus dans le témoignage d'Olga, qui, dit-elle, son fils a fini par s'habituer. 

"Je n’ai pas fui, j’ai juste eu l’occasion de partir, alors je suis partie."

Olga

à franceinfo

Et, comme Sergueï, Olga aspire désormais au calme. Peu importe le pouvoir en place. "Quand on était là-bas, tout ce qu’on voulait, c’était que les bombardements s’arrêtent, qu’on puisse à nouveau se promener librement dans les rues. On en était arrivé à ce moment où peu importe le pouvoir au-dessus de ta tête, russe ou ukrainien : tu veux juste protéger ton enfant et que les explosions cessent autour de toi", s'anime-t-elle.

À côté d’Olga, son mari s’agite, l'interrompt. On le sent encore paniqué, traumatisé par tout ce qu’il a vu et vécu à Marioupol. La jeune femme a pris sa décision : elle partira seul avec leur enfant, beaucoup plus à l’ouest, pour offrir une nouvelle vie sans bombes au petit garçon.

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