Témoignage Guerre en Ukraine : Julia raconte l'enfer de Marioupol, "quand la nuit s'éclaire avec les flammes qui brûlent les immeubles"

Marioupol est toujours sous le feu des bombes russes, des combats ont lieu aussi au sol. Julia, 36 ans, qui a pu quitter la ville, a tenu le journal du siège. Elle s'est confiée à franceinfo.

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Immeuble détruit dans la ville de Marioupol (Ukraine), le 26 mars 2022. (ANADOLU AGENCY VIA AFP)

Avant d'être l'une des victime de l’invasion Russe en Ukraine, Julia était vendeuse dans une parfumerie. Cette Ukrainienne de 36 ans a tenu l'agenda du siège de Marioupol, qu'elle a vécu depuis la fenêtre de l’appartement de ses beaux-parents dans le centre-ville.  

Les dates sont très précises : elle raconte que le 27 février, trois jours après le déclenchement de la guerre, elle a les dernières nouvelles de ses parents qui sont logés un peu plus loin. Le 2 mars, elle n'a plus de connexion pour le téléphone. Le 5 mars, les combats sont devenus trop forts pour sortir et profiter d'un corridor humanitaire. Dans son journal, Julia dit que dans cet appartement, le réveil sonne à 5 heures tous les matins, parce que c'est l'heure du début des bombardements, et qu'il faut descendre des lits, se mettre par terre pour se protéger. 

La terreur, l'impuissance et la lutte pour la dignité

Par petites touches, sa vie dans la ville assiégée est détruite. Il y a d’abord la présence menaçante des avions, la troisième semaine. Puis la cour de l’immeuble qui est bombardée par deux fois, le 10 mars. Le gaz est coupé. Son père est tué dans une frappe qui visait des collaborateurs. 

La vie sous les bombes est un mélange de terreur, d'impuissance et de lutte pour tenter de préserver ce qui fait la dignité. Julia est sortie de Marioupol. Nous avons pu la joindre au téléphone. "Quand vous ne dormez pas, quand vous mangez toujours dans la même assiette, quand vous vivez dans un couloir, quand vous utilisez les toilettes et que vous ne les videz qu'une fois tous les trois jours, quand le dernier week-end vous comprenez que l'eau va être coupée mais que vous ne savez pas où vous allez en trouver, quand votre immeuble tremble parce qu'il a été touché et que la nuit s'éclaire avec les flammes qui brûlent les immeubles à côté... c'est l'enfer."

Aujourd’hui, Julia est à l’abri, elle a pu quitter Marioupol. Son mari, dit-elle, a pris dix ans. Elle, elle a cru devenir folle. Elle pense qu’elle ne remettra pas les pied dans la ville avant des années. 


Julia raconte l'enfer de Marioupol - le reportage d'Etienne Monin et Gilles Gallinaro
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