Pizzas, gâteaux, vinaigrettes… Découvrez tous les produits qui ont modifié leur recette à cause de la pénurie d'huile de tournesol

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Un rayon d'huile de tournesol dans un supermarché à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 14 mai 2022. (MYRIAM TIRLER / HANS LUCAS / AFP)

En un mois, plus de 2 800 dérogations ont été octroyées par la répression des fraudes afin de modifier la composition de certains produits alimentaires, sans l'inscrire sur l'emballage.

Cette tarte aux poireaux que vous achetez depuis de longues années n'a plus le même goût depuis quelques jours. Votre fin palais ne vous a pas trompé : un ingrédient a bien été modifié. Le 20 mai 2022, la répression des fraudes (DGCCRF) a autorisé le fabriquant à remplacer ces oignons frits à l'huile de tournesol si croustillants... par des oignons crus. Et cela sans modifier l'emballage, à l'exception d'une obscure inscription "DEROG" imprimée près de la date de péremption.

Depuis le 26 avril, plus de 2 800 produits de supermarché ont vu leur composition modifiée, sans que la liste des ingrédients ne soit corrigée sur l'emballage. L'explication ? Le ministère de l'Economie a octroyé une dérogation aux industriels afin de pouvoir supprimer ou remplacer rapidement l'huile de tournesol, victime de pénuries en raison de la guerre en Ukraine. Les produits principalement concernés sont les plats préparés, les biscuits apéritifs, les denrées du rayon boulangerie ou issues de la pêche, puis les soupes, les sauces et les condiments.

Alors, comment être averti de ces modifications non imprimées sur l'emballage ? Franceinfo vous propose de parcourir le moteur de recherche ci-dessous, basé sur les données de la DGCCRF, dans lequel vous pouvez retrouver l'ensemble des références concernées dans les supermarchés français. Vous pouvez ainsi rechercher un aliment précis à partir de son nom, de sa marque et du numéro de son code barre, ou bien un type de produits de remplacement, comme l'huile de colza.

Parmi les 2 833 références compilées dans cette base de données, une grande majorité de produits contient désormais de l'huile de colza, produite en grande quantité en France, plutôt que de l'huile de tournesol. D'autres huiles, comme celles de coco, de palme et de soja, sont également utilisées, ce qui peut faire diminuer les valeurs nutritionnelles et écologiques des produits concernés. Enfin, certains industriels ont parfois décidé de ne pas remplacer l'huile manquante ou de trouver d'autres substituts, au cas par cas.

Des dérogations encadrées

Les 2 833 dérogations d'étiquetages référencées ci-dessus doivent tout de même respecter certaines règles. Une fois validée par les autorités, la dérogation est valable pour une durée de six mois, réexaminée au bout de trois mois. A minima, la mention "DEROG" (pour dérogation) doit être apposée sur l'emballage sous deux mois et au plus tard le 26 juin 2022.

Certaines modifications font aussi l'objet de règles spécifiques plus strictes. Par exemple, tout ajout d'un allergène, de gluten ou encore d'un ingrédient issu d'OGM doit faire l'objet d'une mention visible et lisible sur l'emballage. Enfin, la liste de toutes ces modifications est publiée en ligne et disponible via un QR code affiché en magasin.

"Je ne peux que saluer l'effort de transparence des autorités, même si tout n'est pas parfait."

Camille Dorioz, responsable de campagne au sein de l'ONG Foodwatch

à franceinfo

Un encadrement qui satisfait globalement les organisations de défense des consommateurs. A une exception près : "Nous avons un point de désaccord concernant l'affichage en magasin, relève Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l'UFC-Que Choisir. Nous demandions que la liste des produits modifiés soit clairement affichée dans les rayons. Or, cela a été refusé par les distributeurs." Un bémol partagé par les autres ONG. "Personne ne cherche son produit sur le site de la DGCCRF quand il fait ses courses", renchérit Camille Dorioz.

Un Nutriscore dégradé ?

Dans l'écrasante majorité des cas, l'huile de tournesol a donc été remplacée par l'huile de colza. Une alternative plutôt bénéfique d'un point de vue nutritionnel, le colza contenant moins d'acides gras saturés. La sauce vinaigrette à l'échalote de Carrefour passe ainsi du Nutriscore E à D, à la faveur de cette substitution.

A l'inverse, d'autres produits ont vu leurs qualités nutritionnelles se dégrader sans que le consommateur soit mis au courant. C'est le cas du tiramisu au mascarpone de Netto. Le remplacement de l'huile de tournesol par de l'huile de coco, qui contient plus d'acides gras saturés, a fait chuter son nutriscore de C à D. Les crackers salés de la marque Tokapi ont connu le même déclassement à cause du remplacement de l'huile de tournesol par de l'huile de palme, plus riche en acides gras saturés et dont l'utilisation est décriée par les défenseurs de l'environnement.

La pénurie de tournesol peut également affecter la qualité des œufs. C'est le cas de certaines boîtes de la marque Auchan. "L'alimentation sans OGM n'est plus garantie pour certaines poules", confirme le distributeur à franceinfo. Cette information importante pour le consommateur est alors inscrite sur l'emballage via un marquage supplémentaire. Plus anecdotique, certains produits ont également vu disparaître la moutarde de Dijon qu'ils contenaient, en raison de la pénurie d'huile de tournesol. C'est le cas notamment de l'aïoli de Benedicta, dans lequel de l'eau et du vinaigre font office de substitut.

Une transparence perfectible

Au total, la DGCCRF estime que seules 1,3% des dérogations reçues impliquent une modification du Nutriscore et qu'un seul allergène supplémentaire a été déclaré dans un produit temporairement modifié. Une goutte d'eau dans l'océan des références des supermarchés. "L'impact pour les consommateurs français est évidemment moindre que dans les pays où les pénuries touchent des aliments aussi essentiels que les céréales", rassure Olivier Andrault.

La transparence envers le consommateur reste tout de même perfectible. "Les distributeurs comme les industriels n'ont pas utilisé tous leurs pouvoirs de communication pour informer les consommateurs sur ces modifications", souligne Camille Dorioz. La DGCCRF pointe notamment les grandes marques nationales, qui n'ont pas toutes modifié la liste des ingrédients affichés sur les sites de commandes en ligne.

La question des contrôles reste aussi en suspens, alors que les inspecteurs de la répression des fraudes vont encore avoir du pain sur la planche dans les mois à venir : après les aliments, les services du ministère de l'Economie prévoient de s'attaquer, sous peu, aux dérogations accordées aux cosmétiques, eux aussi en difficulté face aux pénuries d'huile de tournesol.

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