Mobilisation partielle : "Le fait d'être objecteur de conscience n'est pas en soi un motif d'asile politique", estime un spécialiste

De nombreux Russes ont fait le choix de fuir leur pays après l'annonce de Vladimir Poutine d'une mobilisation partielle pour aller combattre en Ukraine.

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Radio France
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Des véhicules font la queue pour passer la frontière entre la Russie et la Finlande au poste frontière de Vaalimaa, à Virolahti, en Finlande, le 23 septembre 2022. (SASU MAKINEN / LEHTIKUVA)

Plusieurs dizaines de milliers de Russes fuient actuellement leur pays pour échapper à la mobilisation partielle voulue par Vladimir Poutine en Ukraine. "Le fait d'être objecteur de conscience n'est pas en soi un motif d'asile politique", affirme Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes, s'étonnant que ces Russes "qui veulent fuir n'aient rien trouvé à redire sur cette opération spéciale depuis le 24 février". L'enseignant à Sciences Po Paris et à l'Inalco estime que "cela pose un vrai problème politique et déontologique."

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franceinfo : Ces Russes qui fuient leur pays sont-ils nombreux ?

Patrick Martin-Genier : Pour le moment, cela ne concerne que quelques milliers de personnes. Cependant, ça pose un redoutable problème à la fois politique, juridique et logistique, d'autant que l'Europe n'est pas sur la même longueur d'onde. On sait que l'Allemagne, par exemple, a décidé une fois de plus de tout faire pour accorder l'asile. Dans le même temps, certains pays tels que la Finlande, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, qui sont des pays très proches et complètement dépendants de ces flux migratoires, sont contre. Ils considèrent que ces jeunes qui veulent partir doivent d'abord lutter contre le régime de Poutine plutôt que de fuir. C'est exactement la même position que Volodymyr Zelensky, le président ukrainien.

Il y aussi ces pays qui disent redouter qu'il y ait une infiltration d'espions russes. Est-ce possible ?

C'est extrêmement délicat. En effet, on ne peut pas exclure qu'il y ait des partisans, des espions de Vladimir Poutine dans le flux de migrants. C'est pour ça que lorsqu'on instruit une demande d'asile, il faut voir au cas par cas. C'est ce qu'a dit l'Allemagne. En effet, il n'est pas exclu qu'il y ait certaines personnes qui soient proches de Poutine qui viennent infiltrer l'Occident, les médias, la politique. Il faut être extrêmement prudent, instruire au cas par cas ces demandes d'asile.

C'est vrai que ça va être une problématique politique, car les pays de l'Union européenne, encore une fois, ne sont pas sur la même longueur d'onde, mais devraient rapidement réfléchir à des critères communs pour l'examen de ces demandes d'asile. Il y a la Convention de Genève sur les réfugiés mais le fait d'être objecteur de conscience n'est pas en soi un motif d'asile politique. Si tous les objecteurs de conscience demandaient l'asile politique, ils ne rempliraient pas leur mission. Ce sont des gens qui veulent fuir aujourd'hui parce qu'ils vont être concernés par la conscription, la mobilisation partielle, alors que depuis le 24 février, personne n'a rien trouvé à redire à cette opération spéciale. Donc, ça pose un vrai problème politique et déontologique.

Néanmoins, n'y aurait-il pas un message à envoyer aux Russes pour dire que l'Europe les considère, mettant à mal le discours de Vladimir Poutine ?

Oui, bien sûr. Mais Vladimir Poutine n'a strictement rien à faire de ce que pense l'Europe. Ce n'est pas pour quelques milliers de personnes qui vont fuir que c'est de nature à déstabiliser son régime. De toute façon, nous savons qu'il y a d'ores et déjà 10 000 personnes qui ont été recrutées et qui vont partir sur le front en Ukraine. Je crois qu'il n'en a strictement rien à faire de l'Europe. Avec la censure considérable, la chape de plomb sur les médias, encore une fois, le peuple russe ne sera pas du tout au courant des réactions de l'Occident.

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