Guerre en Ukraine : pourquoi la communauté internationale reste prudente après les promesses de désescalade de la Russie

La Russie a affirmé qu'elle allait réduire ses actions militaires autour de Kiev. Pour les alliés de l'Ukraine, cette annonce pourrait être un moyen de gagner du temps et cacher une volonté de concentrer les efforts de guerre russes dans l'est du pays.

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Un homme passe devant un bâtiment détruit dans la ville de Trostianets, dans le nord-est de l'Ukraine, le 29 mars 2022. (FADEL SENNA / AFP)

"Nous pouvons dire que les signaux que nous entendons dans les négociations sont positifs, mais ils ne font pas oublier les explosions ou les obus russes." Dans un message vidéo publié mardi 29 mars, le président Volodymyr Zelensky a parfaitement résumé le scepticisme de la communauté internationale après les promesses de désescalade sur le front ukrainien venues de Moscou.

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A l'issue de pourparlers organisés mardi à Istanbul, le vice-ministre de la Défense russe Alexandre Fomine a en effet annoncé que son pays allait "réduire radicalement [son] activité militaire en direction de Kiev et Tchernihiv" dans le nord de l'Ukraine. Voici pourquoi la plupart des puissances étrangères restent prudentes face aux annonces russes.

Parce qu'elle doute d'un "vrai retrait"

Après environ cinq semaines de guerre, des milliers de victimes et des millions de réfugiés, l'armée ukrainienne préfère ne pas trop se réjouir de cette annonce russe. "Le soi-disant 'retrait des troupes' est probablement une rotation d'unités individuelles, qui vise à tromper le commandement militaire des forces armées ukrainiennes", a commenté l'état-major ukrainien dans un communiqué mardi soir.

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Le ministère américain de la Défense a lui aussi évoqué un "repositionnement" des troupes russes, et non un "vrai retrait". "Il est très probable que la Russie cherche à transférer sa puissance de frappe depuis le nord vers les régions [séparatistes] de Donetsk et de Louhansk à l'est", a abondé le ministère britannique de la Défense sur son compte Twitter.

Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, l'a d'ailleurs lui-même confirmé. Selon lui, la Russie a atteint son "objectif" : "Le potentiel militaire des forces armées ukrainiennes a été réduit de manière significative, ce qui permet de concentrer l'attention et les efforts sur la libération du Donbass."

"Lorsque la Russie indique qu'il y a une réduction drastique des forces, en réalité, on appelle ça une retraite, parce qu'il y a une contre-offensive ukrainienne contre les troupes russes, à la fois à l'ouest et à l'est de Kiev", analyse Julien Théron, co-auteur de Poutine, la stratégie du désordreinterrogé sur franceinfoCe sont des éléments de langage. C'est une manière de faire apparaître une retraite comme un mouvement de bonne volonté, de désescalade."

Parce que les bombardements continuent

Dans les zones censées être désormais moins visées par l'armée russe, la désescalade promise par Moscou est pour l'instant toute relative. Les sirènes d'alerte ont ainsi été entendues à plusieurs reprises dans la nuit de mardi à mercredi à Kiev. La situation reste également très difficile autour de la capitale : la population fuit les villages situés à l'est de la ville, où les habitants assurent que les forces russes continuent de mener une occupation brutale.

Les autorités ukrainiennes ont en outre accusé Moscou d'avoir bombardé toute la nuit la ville de Tchernihiv dans le nord du pays. "La situation ne change pas, Tchernihiv fait l'objet de bombardements d'artillerie et aériens", selon Viatcheslav Tchaous, le gouverneur régional. La ville, qui comptait 280 000 habitants avant la guerre, est sans eau, sans électricité et sans communications. "Et on ne peut plus les réparer", a-t-il ajouté. Le gouverneur a également évoqué des frappes sur Nijyne, dans la même région.

Parce qu'il pourrait s'agir d'un coup de bluff

Pour les alliés de l'Ukraine, il faudra surtout juger Moscou sur pièce. "On verra s'ils tiennent parole", a lâché le président américain Joe Biden à la presse. A Londres, un porte-parole du Premier ministre Boris Johnson n'a pas dit autre chose : le Royaume-Uni jugera "Poutine et son régime sur ses actes, pas ses paroles", a-t-il affirmé.

Même son de cloche côté français : "On va juger les actes et pas les annonces", a réagi Anne-Claire Legendre, la porte-parole du Quai d'Orsay. "On a aussi vu, sur d'autres terrains, la Russie jouer le jeu de la négociation pour gagner du temps, pour entretenir une certaine confusion dans l'esprit des opinions publiques donc il faut évaluer tout ça", a-t-elle détaillé au micro de franceinfo


"Ça me fait penser aux négociations sur la Syrie, observe l'expert Julien Théron sur franceinfo. Il y a une dizaine d'années, dans les processus de Genève, les négociations étaient absolument interminables, c'est ce qu'on peut considérer comme un processus dilatoire pour gagner du temps. En réalité, les rares fois où il y avait eu un accord, il n'avait pas été appliqué."

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