Guerre en Ukraine : les agriculteurs ukrainiens, victimes directes et collatérales de l'armée russe

En Ukraine, celles et ceux qui nourrissent le pays sont doublement victimes de la guerre face à la Russie. En plus de subir les bombardements de l'armée russe, ils sont de plus en plus nombreux à devoir délaisser leur ferme pour rejoindre les forces armées ukrainiennes.
Article rédigé par Virginie Pironon
Radio France
Publié
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Dans le village de Velykhomikhaïlivka, la plupart des bâtiments agricoles et les fermes sont détruits. (VIRGINIE PIRONON / RADIO FRANCE)

Un projet de loi pour éviter la mobilisation en Ukraine. C’est ce qu'ont proposé des députés ukrainiens mercredi 12 juin : permettre aux entreprises du pays de payer une taxe mensuelle afin d'éviter à leurs employés d’être enrôlés dans l’armée. Près de trois quarts des entreprises se disent confrontées à des pénuries de personnel, selon une enquête publiée en avril dernier. Ce texte de loi pourrait soulager un secteur en particulier : l’agriculture, qui fait face à une grave pénurie de main-d’œuvre, tout en étant l'une des cibles de l'armée russe.

"Ce que vous voyez, ce sont les cratères laissés par les obus", montre Anatoli Sergienko, à la tête d'une coopérative basée à Velykhomikhaïlivka, commune située à 15 kilomètres du front dans le Donbass. Dans ce type de villages agricoles, il ne reste que quelques bâtiments intacts. Anatoli Sergienko regarde une porcherie qui n’a plus de toit. À côté, deux étables flambant neuves sont en ruine. Et c'est sans compter les 160 tonnes de céréales stockées dans un hangar et parties en fumée. Il ne reste plus que la structure du bâtiment en métal.

"Tout est complètement détruit. Et dès qu'on reconstruit, il y a de nouvelles frappes. On reconstruit à nouveau, et ça recommence ! Donc ça n’a plus de sens de réparer".

Anatoli Sergienko

à franceinfo

Par mesure de sécurité, les vaches et les cochons ont été déplacés à l’ouest du pays. Autres biens précieux, les machines agricoles, elles aussi, ont été mises à l’abri. Sous la menace des obus russes, la cinquantaine de salariés travaille encore sur place, mais n’y vit plus. Les conditions sont trop dangereuses. "On travaille une journée, puis on se met à l’abri pendant deux autres, raconte Anatoli Sergienko. Ou on fait l’inverse : deux jours de travail et un jour à l’abri. Quelqu’un se tient systématiquement à côté de chaque machine pour observer le ciel, pour - Dieu nous en garde ! - éviter les bombardements. Et dès que ça commence, nous partons."

Un peu plus au nord, au village de Malinivka, un autre problème se pose pour Guennadi Baranik, producteur de concombres et de tomates. Il voit de moins en moins d'employés s'affairer dans ses champs. Les meilleurs spécialistes ont été envoyés au front. Il craint que ce soit bientôt son tour. "J’ai du diabète, mais ce n'est pas grave. Maintenant, ils prennent quand même !", déplore l'exploitant agricole. Nous étions censés être exemptés, mais avec la nouvelle loi, ils peuvent nous convoquer au commissariat militaire comme tout le monde."

En effet, ces derniers mois, le gouvernement ukrainien a élargi son spectre de recrutement. Pour regarnir ses rangs, elle intègre les hommes dès 25 ans, recrute désormais des prisonniers, et a renforcé les peines d'emprisonnement de ceux qui tentent de fuir l'enrôlement.

Guennadi Baranik, producteur de concombres et de tomates. (VIRGINIE PIRONON / RADIO FRANCE)

Guennadi Baranik refuse d'entendre dire qu'il n'est pas un patriote, qu'il refuse de se battre pour son pays. Pour lui, "ce n’est pas donner sa vie" qui pose problème, "c’est laisser celle à la ferme, mettre la clef sous la porte". Dans son exploitation, Guennadi fait vivre des familles entières. S'il rejoint le front, tout sera laissé à l'abandon. Ses employés vont perdre leur travail. Et puis une question demeure : "Si tout le monde part au front, s’interroge-t-il, qui nourrira le pays ?"

Les agriculteurs ukrainiens, victimes directes et collatérales de l'armée russe. Le reportage de Virginie Pironon

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