Guerre en Ukraine : l'attaque sur des infrastructures énergétiques traduit "l'incapacité militaire" des Russes "à percer sur le front", estime Guillaume Ancel

La Russie a lancé une nouvelle salve de missiles et drones sur l'Ukraine samedi, endommageant des installations énergétiques dans le sud-est et l'ouest du pays.
Article rédigé par franceinfo
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Un canon Caesar sur une route dans la région de Donetsk en Ukraine, le 16 juin 2024. (ROMAN PILIPEY / AFP)

L'attaque de l'armée russe, lancé dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 juin sur des infrastructures énergétiques, traduit "l'incapacité militaire" des Russes "à percer sur le front", a analysé sur franceinfo Guillaume Ancel, ancien officier et écrivain français. "Des installations d'Ukrenergo [opérateur ukrainien] dans les régions de Zaporijjia (sud) et de Lviv (ouest) ont été endommagées", a indiqué le ministère ukrainien de l'énergie.

Les Russes "ont subi des pertes énormes pour essayer de pénétrer le front", rappelle Guillaume Ancel.
Mais l'ancien officier pointe "un échec" de l'armée russe. Les Russes "ont de moins en moins de moyens disponibles", alors que les Ukrainiens "se renforcent de semaine en semaine, notamment grâce à la mobilisation des Européens".

franceinfo : Comment expliquez-vous ce choix des Russes de cibler ces infrastructures énergétiques ?

Guillaume Ancel : Clairement, c'est pour affaiblir l'Ukraine. Ce n'est pas une pratique récente de la part des Russes, mais ça traduit aussi leur incapacité militaire à percer sur le front. Depuis neuf mois, ils ont mis une pression absolue et subi des pertes énormes pour essayer de pénétrer le front qui fait 1 100 kilomètres. Et ils n'y arrivent absolument pas. Or, là, on est à un moment où, au contraire, l'armée ukrainienne se renforce du fait des livraisons d'armes américaines et européennes et de l'entrée en service probable dans les semaines qui viennent des fameux F-16.

"Les Russes essayent d'obtenir un avantage, sans doute pour pouvoir négocier et affaiblir l'Ukraine, lui montrer qu'elle a intérêt à stopper cette guerre que les Russes néanmoins, n'arrivent pas à gagner non plus."

Guillaume Ancel, ancien officier

à franceinfo

Est-ce que viser des centrales électriques change la donne d'un point de vue militaire pour l'armée ukrainienne, ou est-ce que c'est surtout viser le moral des Ukrainiens ?

Viser les infrastructures énergétiques c'est surtout, bien sûr, viser le moral de la population qui subit la guerre déclenchée par la Russie depuis maintenant deux ans et cinq mois. Par conséquent pour eux, d'avoir des coupures d'électricité incessantes, c'est aussi le sentiment que c'est extrêmement difficile à défendre. Parce que comme la défense antiaérienne s'est concentrée sur les grands centres urbains, on ne peut pas protéger toutes les installations électriques. Maintenant, ce sont les centrales thermiques ou les centrales nucléaires qui sont visées. Donc les Ukrainiens n'ont pas les moyens d'empêcher les Russes de frapper quotidiennement. En parallèle, l'armée russe frappe aussi des cibles civiles et militaires tous les jours. Donc, au-delà des installations énergétiques, ils font entre dix et 50 morts tous les jours.

On a énormément parlé depuis le début de la guerre de la centrale nucléaire de Zaporijjia avec la crainte de conséquences gravissimes. Est-ce que tout est fait pour éviter que personne ne veuille en venir là ?

Les spécialistes de la maintenance nucléaire sont unanimes sur le fait que nous ne sommes absolument pas dans le cas de Tchernobyl. Parce que les réacteurs ont été arrêtés et que par conséquent, il n'y a pas de risque de fusion d'un des réacteurs comme ça avait été le cas à Tchernobyl, qui avait failli être une catastrophe encore plus grave que celle qu'elle a été en réalité. Là, ce n'est pas le cas pour Zaporijjia. Par contre, cela pourrait contaminer bien sûr la région autour, mais de manière très réduite par rapport à ce qu'on a connu dans la catastrophe de Tchernobyl. Et surtout, il n'y a pas de risque de fusion nucléaire ou d'un réacteur qui s'emballerait. Donc le risque est très différent. Il est aussi assez psychologique. On voit bien que quand on parle de Zaporijjia, tout le monde fait référence bien sûr à la catastrophe de Tchernobyl qui a eu lieu aussi en Ukraine.

Sur le front, le Russes revendiquent la prise de certaines localités. Les dirigeants de l'armée ukrainienne reconnaissent que la situation est très difficile pour leurs troupes. Est-ce que c'est à relativiser ?

C'est plutôt un échec de l'armée russe. Parce que le déclenchement de la guerre à Gaza a permis aux Russes de dégager l'aide américaine qui a pratiquement cessé à partir de début octobre pour les Ukrainiens. Les Russes ont eu une période très faste où ce sont eux qui ont repris l'initiative sur le champ de bataille et ils ont essayé massivement de percer. Mais en faisant cela, ils ont subi des pertes énormes, tellement importantes qu'ils n'arrivent pas à renouveler le matériel qu'ils ont perdu sur le front. Et donc leurs capacités s'amenuisent.

En fait, aujourd'hui, le front bascule. C'est-à-dire que les Russes ont encore l'initiative, mais ont de moins en moins de moyens disponibles. Et les Ukrainiens, eux, se renforcent de semaine en semaine, notamment grâce à la mobilisation des Européens, qui en ont peu parlé, mais qui sont allés acheter sur le marché international les munitions qui manquaient aux Ukrainiens. Et quand les Ukrainiens vont toucher les F-16, il est probable qu'ils vont lancer des offensives limitées, mais extrêmement difficiles à opposer pour l'armée russe. On va voir cet été un front qui va être en grande tension du fait de ces opérations ukrainiennes.

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